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Europe

Slovaquie : Profession sherpa dans les Tatras

Les sommets des Tatras en Slovaquie attirent depuis longtemps les amateurs de sensations fortes. Mais pour assurer le ravitaillement des chalets, les Sherpas restent inégalés. Rencontre avec leur doyen, Viktor Beranek.

Viktor Beranek et Jarda Sima, sherpas dans les Tatra en Slovaquie.

Viktor Beranek et Jarda Sima, sherpas dans les Tatra en Slovaquie.

Le parc national des Tatras est l'un des meilleurs atouts touristiques de la Slovaquie. Il est interdit de camper dans le parc mais des chalets restent ouverts toute la nuit. La plupart n'ont ni eau courante ni électricité et il n'existe aucune route qui permette d'y transporter des vivres. Alors comme dans le lointain Tibet, ce sont des Sherpas qui assurent le ravitaillement.

Au pied d'une petite cabane de stockage près de la ville de Stary Smokovek, Viktor Beranek est occupé à débarrasser d’un morceau de glace un des tonneaux rempli de bière. A l’aide d’une prise solide, Viktor traîne les cylindres d'acier vers une monture en bois, posée sur une pile de viande fraîche, légumes et autres surgelés.

« C'est toute ma vie... », dit Viktor, fier de son allemand scolaire, désignant son très cher hôte qui n'a d'ailleurs rien à envier au plus luxueux des sacs à dos.

Tout en bouleau, un bois lisse, sa monture légère fixe les denrées sur son dos, d’où pendent deux larges bretelles faites de vieux tuyaux à incendie.

Viktor Beranek se souvient : "La première fois que j'ai tenté de faire ce travail, j'ai marché 50 mètres et j'ai pensé :"Oh mon Dieu, c'est plus difficile que ce que je croyais!" J'avais sur le dos 48 kg. Je me suis dit que c'était idiot et j'ai réalisé qu'il fallait bien plus de force que cela. »

Ce premier essai dans le cadre d'un travail d'été n'a pas découragé Viktor. Quelque 38 ans plus tard, il est toujours sherpa. Cet homme de 56 ans assure même que ce travail est bon pour son âme : "Parfois, j'ai du mal à expliquer pourquoi je fais ça. C'est un travail difficile mais c'est aussi un style de vie. La vie dans cette nature n'a rien à voir avec celle de la ville. C'est différent ici. C'est calme, plus spirituel et on doit compter sur sa force et son mental."

En posant sa monture bien remplie sur la balance, Viktor annonce qu'il porte près de 90 kg. C'est le poids moyen que portent les hommes pour un trek de deux heures pour rejoindre Chata pod Rymsi. Le plus vieux et le plus haut chalet des Tatras, perché à 2 250 mètres d'altitude.

Depuis des décennies, pendant les saisons praticables, c'est à dire du début du printemps à la fin de l'automne, le chalet compte six sherpas employés. Et il en est de même pour l’hiver.

Le Roi de la Montagne

Un insigne accueille les visiteurs dans le royaume de Viktor, le Roi de la Montgne

Un insigne accueille les visiteurs dans le royaume de Viktor, "le Roi de la Montgne"

Viktor est sans doute le plus vieux sherpa des Tatras, et s’il se fait appeler le Roi de la Montagne, ça n'est pas pour rien: il a déjà porté 122 kg sur son dos. "Quand on es jeune on peut très vite porter de 48 à 70-80 kg. Ca ne dépend que de soi. Ensuite on apprends qu'on doit emporter un peu de nourriture et du thé pour la route."

Depuis la hutte de stockage jusqu'au chalet, les sherpas montent 750 m pendant les deux heures de trek. Ils traversent des pâturages alpins aussi bien que des passages rocheux. Jarda Sima, un étudiant de 23 ans, a rejoint Viktor pour le trajet.

C'est sa première saison en tant que sherpa. Le jeune homme est enthousiaste : "C'est vraiment un plaisir: c'est le type de travail que je voulais faire depuis tellement longtemps. Et maintenant c'est devenu une réalité. Viktor est vraiment sympathique. C'est tout simplement une job de rêve dans un endroit de rêve."

Les sherpas des Tatras ont-ils encore un avenir? C'est la question que tout le monde se pose. Ils sont payés au kilo transporté, mais pour les grosses quantités de marchandises, certains chalets ont déjà opté pour un transport par hélicoptère.

Viktor Beranek espère bien que le chalet de Chata pod Rysmi ne cédera pas lui aussi à son tour. Pour lui, les sherpas d’aujourd’hui perpétuent cette vieille tradition d'apporter de la nourriture à ceux qui vivent et qui chassent dans ces montagnes. Il ajoute que les hélicoptères effrayent les chamois, d'autant plus que les touristes aiment voir les sherpas gravire les Tatras.

Seulement il admet qu'aujourd'hui ça n'est effectivement pas le genre de job en vogue au près de la nouvelle génération : "Les sherpas seront remplacés par la nouvelle technologie. Les jeunes ont d'autres valeurs que nous. D'ailleurs je pense que ça leur fait du bien de venir dans la montagne, ça les enrichit. Par contre je ne pense pas qu'ils feront ce métier là pour autant - je n'en vois d'ailleurs aucun qui cherche à devenir sherpa. C'est notre passion, notre joie et notre santé, et on doit être en forme. C'est plus qu'un simple job. Mais aujourd'hui ça n'attire pas les jeunes."

Le rallye annuel des Sherpas

Affiche du rallye des Sherpas en Slovaquie.

Affiche du rallye des Sherpas en Slovaquie.

Heureusement pour raviver l'intérêt pour ce métier en perdition, est organisé le rallye annuel des Sherpas.

En 1984, Viktor a proposé de lancer un concours pour savoir lequel d'entre eux était le plus rapide. Maintenant tous les mois d'octobre, près de quarante candidats du monde entier participent à cette course. Les hommes portent 60 kg quand les femmes en portent 20.

Malgré une grande popularité, Viktor espère que ce rallye gardera sa simplicité et restera une rencontre entre amis : "C'est important parce que les gens tiennent à cette course, et parce que c'est une tradition. Ca durera tant que des gens s'en occupent. Sinon, ça n'existera plus."

A en juger la condition physique et l’énergie de Viktor, il a encore de nombreuses années devant lui à transporter la nourriture que les hôtes du chalet dévorent, la bière et le vin qu’ils savourent après une journée dans la montagne, et le fuel qui les garde au chaud durant la nuit.

Viktor Beranek est une icône dans les Tatras. Et c’est grâce à son enthousiasme pur et simple pour son travail de sherpa, qu’il perpétuera cette tradition montagnarde, au moins de son vivant.

  • Auteur Guy Degen (Octobre 2007)
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