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Printemps arabe en Ouganda?

13 mai 2011

Le président ougandais Yoweri Museveni a été reconduit pour cinq ans à la tête de l'Etat. Il a prêté serment le 12 mai. Son nouveau mandat présidentiel débute dans un climat très mouvementé, souligne la presse.

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Investiture de Museveni, 12 mai 2011Image : AP

La Süddeutsche Zeitung va même jusqu'à parler de "L'esprit d'Idi Amin". La brutalité de la répression policière contre les manifestations de l'opposition rappelle au journal le règne du sinistre prédécesseur de Museveni. L'Ouganda, note le journal, a des réserves pétrolières estimées à deux milliards de barils. Il faudra encore attendre avant que cette richesse ne se traduise en pétrodollars. Mais il est certain que le pétrole suscite des convoitises et devrait encore accroître la détermination du gouvernement à défendre becs et ongles son pouvoir. Officiellement c'est pour protéger les champs de pétrole que l'Ouganda vient d'acheter cinq avions de combat à la Russie. Le tout pour une valeur de 740 millions de dollars. Le président ne songe donc pas à jeter l'éponge. Mais il a un rival, Kizza Besigye, du Forum pour le changement démocratique, qui exige qu'un terme soit mis à la "dictature de Museveni". Il a perdu l'élection présidentielle , en ne recueillant que 26% des voix. Mais souligne le journal, si l'opposition semblait vaincue en février, elle a malgré tout le sentiment d'avoir le vent en poupe. Ce qui n'est pas sans rapport avec les bouleversements dans le monde arabe. En Egypte et en Tunisie le peuple a renversé des dictateurs. Besigye espère que l'opposition pourra aussi chevaucher sur cette vague en Ouganda. Mais cela demeure très incertain.

Kizza Besigye Uganda Opposition
Kizza Besigye à l'aéroport de Nairobi le 11 mai 2011Image : AP

Pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, cette volonté de transformer l'Ouganda en une seconde Tunisie est pourtant ce qui explique l'extrême nervosité de Yoweri Museveni. L'appareil sécuritaire a réagi avec une violence disproportionnée aux manifestations de l'opposition contre la vie chère. Du même coup il a rendu Besigye populaire dans des couches de la population qui auparavant n'avaient guère d'atomes crochus avec lui. S'il est vrai, note le journal, qu'on peut lire le degré de sentiments démocratiques d'un gouvernement dans la façon dont il traite ses opposants, l'Ouganda est alors en bien mauvaise posture. Or c'est précisément Yoweri Museveni qui lors de sa prise du pouvoir avait identifié l'entêtement des chefs d'Etat à s'accrocher au pouvoir comme le mal fondamental de l'Afrique. C'était il y a 25 ans et entre-temps Museveni a fait changer la constitution pour rester président.

Schule und Bildung
Image : Fotolia/Lorelyn Medina

Apprendre à lire à 72 ans

L'Ouganda est aussi présent dans la presse allemande pour une raison plus positive. C'est l'histoire d'un vieil homme qui a décidé d'apprendre à lire et à écrire. Elle est relatée dans la Süddeutsche Zeitung. Le vieil homme en question s'appelle Paul Acak, il a 72 ans, et après une vie de dur labeur dans les champs, il a décidé il y a trois ans d'aller à l'école. Il s'y rend tous les jours à pied, soit huit kilomètres aller-retour. Et note le journal, le premier jour où il est allé à l'école pour s'inscrire, tout le monde a pensé qu'il venait accompagner ses arrière petits-enfants. Ses camarades de classe sont des enfants de onze ans. Paul Acak porte comme eux l'uniforme scolaire, à la différence que pour lui le short a été remplacé par un pantalon. Il rêve déjà de l'université. L'école qu'il fréquente , lit-on encore dans ce reportage, compte 13 enseignants pour 842 élèves. De nouvelles classes sont prévues. Mais l'argent manque.

Libyen Dhuheiba Flüchtlingsstrom nach Tunesien
Réfugiés libyens en TunisieImage : AP

Impatience à Tunis

Yoweri Museveni, selon la presse allemande, craint une révolution à la tunisienne. Mais en Tunisie même les défis restent nombreux et les journaux, justement, s'en font l'écho.La situation reste fragile, note la Frankfurter Allgemeine Zeitung. En témoigne le nouveau couvre-feu nocturne imposé à Tunis et dans les environs à la suite d'affrontements et de pillages. C'est dans ce climat qu'il faut préparer l'élection de l'assemblée constituante, prévue le 24 juillet. Or depuis un certain temps déjà, le bruit court à Tunis qu'il sera difficile de respecter les délais. Mais souligne plus loin le journal, plus encore que de ces élections, le succès de la révolution tunisienne dépendra de la capacité à redresser rapidement l'économie et à offrir une perspective aux jeunes qui ont porté l'insurrection. Depuis la chute de Ben Ali le chômage a encore augmenté. Dans l'intérieur du pays la pauvreté est grande.

"Impatience à Tunis" titre la Süddeutsche Zeitung. Les espoirs d'une vie meilleure ne peuvent être comblés du jour au lendemain. Le chômage augmente, le tourisme s'est effondré, la guerre en Libye entraîne des charges supplémentaires, les caisses sont vides. Si les élections pour l'assemblée constituante étaient repoussées, la situation pourrait devenir explosive.

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Manifestation de coptes égyptiens le 13 mai 2011Image : picture-alliance/dpa

Des salafistes manipulés?

L'Egypte connait elle aussi des soubresauts. Il y a eu dernièrement une nouvelle flambée de violence entre coptes et musulmans. La presse allemande se demande si après la chute du régime Moubarak, le pays va entrer dans une guerre de religions? C'est une question que se pose par exemple l'hebdomadaire Die Zeit avant d'en soulever une autre: qui sont ces musulmans extrêmistes qui mettent le feu aux églises? La plupart du temps, répond le journal, les assaillants sont des salafistes, partisans d'un retour à l'islam des origines. Mais leurs attaques ne sont pas seulement dirigées contre des chrétiens. Des politiciens laïcs, note le journal, se voient diffamés à la télévision et sur internet, des reliquaires de soufis égyptiens, adeptes d'un islam mystique, sont endommagés ou détruits. A l'inverse des Frères musulmans les salafistes ont bénéficié en Egypte d'une étonnante liberté. Sous Hosni Moubarak ils disposaient même de chaînes de télévision. Raison pour laquelle, poursuit le journal, beaucoup d'Egyptiens sont persuadés que des partisans de l'ancien régime encouragent les salafistes pour semer un chaos dans lequel la population appellera au retour de l'ordre ancien.

Auteur: Marie-Ange Pioerron
Edition: Fréjus Quenum