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Le pétrole du Nigeria

Pour quelques litres de pétrole nigérian

Le Nigeria est le 8ème exportateur mondial de pétrole. Pourtant, 70% de sa population vit avec moins d'un euro par jour. Pour bénéficier d'une partie de cet or noir, les Nigérians ont développé une économie parallèle.

L'entrée de la raffinerie clandestine est bien camouflée derrière d'épais branchages. On ne peut y accéder qu'en bateau. Discrètement, quelques hommes entassés dans une barque à moteur s'engouffrent dans ce labyrinthe formé par les bras de la rivière. Ici, aux abords du delta du Niger, dans le sud-est du pays, ils prélèvent à la source un peu de la richesse du Nigeria.

Ölquelle in Nigeria

Le pétrole qui pollue les sols rend les cultures impossibles et menace l'écosystème

Une fois le bateau amarré, Joshua distribue les bottes en caoutchouc. Le sol est boueux et noir de pétrole. Joshua descend le premier et pénètre dans la partie centrale de cette raffinerie improvisée. Partout, des tonneaux, des bidons en métal et des piles de bois sont entreposés. Ces bassines métalliques, qui font office de grande casserole, sont utilisées pour chauffer le pétrole brut et produire du kérosène, du diesel et de l'essence. « Illégal ? » Ici, personne ne veut entendre ce mot.

Sale, dangereux et chaud

« Travailler dans ces raffineries clandestines est un travail difficile », explique Joshua. La sueur dégouline de son front, ses avant-bras sont noirs de pétrole. Il est chargé de surveiller la cuisson du brut. Il n'y a évidement aucune mesure de protection dans la mangrove. « C'est un travail très dangereux, quelques fois, il y a des explosions, les flammes peuvent atteindre plusieurs mètres, je peux même vous montrer les cicatrices sur les bras de l'un de mes collègues. »

Afrikas Rohstoffe - Was bleibt vom Boom

Joshua est chargé de surveiller la cuisson du pétrole brut

Il n'y a pas que les explosions spectaculaires qui rendent le travail dangereux. Selon Nnimmo Bassey, détenteur du Prix Nobel alternatif et membre de l'organisation « Environmental Rights Action » (ERA), l'espérance de vie dans le delta du Niger est de 41 ans, contre 48 ans dans le reste du pays. En cause : la pollution massive causée par l'exploitation pétrolière. La combustion du pétrole brut provoque des dégagements de fumées extrêmement nocives. Régulièrement, les oléoducs sont percés par les trafiquants ; le pétrole qui s'écoule dans les rivières rend l'eau impropre à la consommation, tue les poissons, pollue les terres et menace l'ensemble de l'écosystème.

Aucune alternative

Dans cette raffinerie locale, les choses ne sont pas différentes. Les pieds dans la terre noyée de pétrole, Joshua se justifie : « Nous faisons cela parce qu'il n'y a pas d'autre travail ici. » Les hommes produisent jusqu'à 10.000 litres d'essence, 25.000 litres de diesel. Une production qui serait uniquement destinée aux besoins personnels, pour alimenter les générateurs électriques et les moteurs des bateaux.

Les fumées toxiques et les explosions rendent le travail dangereux

Les fumées toxiques et les explosions rendent le travail dangereux

Juliette, qui marche difficilement dans la boue avec ses bottes en caoutchouc trop grandes, connaît bien cette raffinerie secrète. « J'achète mon essence ici », explique la jeune femme qui tient un bidon jaune dans la main. Ce bidon de 25 litres lui coûte 300 nairas, environ 1,50 euro. Un prix exceptionnel. Dans une station-essence traditionnelle, elle aurait dû débourser 500 nairas et souvent, d'ailleurs, les stations-essence ne sont pas approvisionnées. Les clients attendent la livraison de carburants pendant des heures, parfois des jours. Quand l'approvisionnement arrive, les prix sont multipliés par trois ou quatre.

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Juliette achète son essence deux fois moins cher que dans une station service

Un dollar par jour

L'exploitation du pétrole au Nigeria a débuté en 1958. Mais la population n'a jamais tiré profit de cette matière première. Les organisations de défenses des droits de l'Homme estiment qu'environ 70 % des 160 millions de Nigérians vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 95 centimes d'euros par jour.

« Il y a 50 ans, la découverte du pétrole était pour le Nigeria une formidable promesse de richesse. On se rend compte aujourd'hui que c'est ce qui pouvait arriver de pire », estime Kentebe Ebiaridor, qui travaille pour l'association de protection de l'environnement ERA à Port Hartcourt, la grande ville du Delta.

Le Nigeria est aujourd'hui le 8ème exportateur mondial de pétrole. La National Petroleum Corporation (NNPC), la compagnie pétrolière d'État, annonce fièrement la production de 2,5 millions de barils de pétrole brut par jour. Le gouvernement estime que cette production pourrait atteindre 4 millions de barils d'ici 2020.

Le Nigeria produit 2,5 millions de barrils de pétrole brut par jour

Le Nigeria produit 2,5 millions de barrils de pétrole brut par jour

L'espoir de Goodluck Jonathan

Juliette peine à transporter ce lourd bidon. « Je remets la marchandise à quelqu'un d'autre qui sera chargé de l'acheminer après jusqu'à Yenagoa, dans l'État de Bayelsa », explique-t-elle. Combien gagne-t-elle en tant qu'intermédiaire dans ce trafic ? La jeune femme, gênée par la question, ne répond pas et se justifie : « Je n'ai pas le choix, il n'y a pas d'autre travail pour moi ici. » D'après les statistiques officielles, le taux de chômage atteint 23,9 %, un chiffre en constante augmentation ces dernières années.

Beaucoup ont cru que l'élection du président Goodluck Jonathan, en avril 2011, pouvait être synonyme de changement. Pour la première fois, un chef d'État élu venait du Sud, de l'État de Bayelsa. Un espoir pour les habitants du delta du Niger qui s'estiment être les laissés-pour-compte d'une politique favorable au Nord. Mais Juliette laisse apparaître un sourire ironique. « Oui, Goodluck Jonathan vient de l'État de Bayelsa, mais il n'a rien fait pour nous. Les politiciens font des promesses, mais au final, ils ne les respectent pas. »

La faute aux compagnies pétrolières ?

Au 13ème étage de l'immeuble du gouvernement, dans l'État de Rivers, voisin de Bayelsa, les critiques se font entendre. Le ministre de l'Énergie et des ressources naturelles, Okey C. Amadi, pointe du doigt la responsabilité des compagnies pétrolières : « Depuis huit ans que je siège à l'Assemblée nationale, à chaque fois que nous avions des revendications avec Shell et les autres compagnies, elles ont montré que le bien-être de la population et le développement économique ne les intéressent pas. La seule chose qui importe pour elles, ce sont leurs bénéfices. »

Une raffinerie illégale dissimulée dans la mangrove

Une raffinerie illégale dissimulée dans la mangrove

Malgré tout, Joshua garde espoir. « Les compagnies pétrolières devraient nous embaucher et nous payer correctement », dit-il. Ses collègues acquiescent, mais ils préfèrent interrompre cette vaine discussion. Les hommes remontent dans le bateau à moteur et quittent cette raffinerie secrète au cœur de la mangrove.

L'entrée a beau être bien dissimulée derrière les branchages, plusieurs fois la police et les soldats sont intervenus. « Ils ont tout détruit et tout brûlé, raconte Joshua. Ils nous ont également arrêtés. » Quand on lui demande comment il a fait pour sortir de prison, Joshua sourit : « Avec un peu d'argent. tu peux tout obtenir. C'est ça le Nigeria ! »

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