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Destination Europe

"On ne peut pas parler d'une approche humaine"

Pour Karl Kopp, chargé des questions européennes au sein de l'ONG Pro Asyl, la manière dont l'UE traite les réfugiés est scandaleuse. Il demande la fin de la surveillance militaire des frontières extérieures de l'Union.

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Karl Kopp

Deutsche Welle : Contrôles renforcés aux frontières, centres d'accueil surpeuplés, règlement Dublin II : est-ce que, selon vous, l'Europe a la bonne attitude envers les réfugiés venus d'Afrique et d'autres régions du monde ?

Karl Popp : L'Europe perd de plus en plus de vue ses devoirs en matière de droits de l'Homme et vis-à-vis des réfugiés. Ceux qui cherchent une protection ne la trouvent pas. Au contraire,  ils sont refoulés aux frontières extérieurs de l'Europe, enfermés et reconduits dans des pays de transit ou dans leur pays d'origine. Cette approche inhumaine, elle est incarnée de manière dramatique par les appels au secours ignorés des réfugiés qui arrivent par la mer Méditerranée. Les morts quotidiennes aux portes de l'Europe sont l'expression d'une politique d'asile inhumaine et dépourvue de toute solidarité. Durant les vingt dernières années, plus de 18.000 personnes sont mortes à nos frontières extérieures. On ne peut donc pas parler d'une approche correcte ou humaine.

D.W. : A votre avis, comment l'Europe devrait-elle traiter les nombreux migrants illégaux qui vivent déjà ici ?

Les raisons pour lesquelles les gens vivent sans titre de séjour légal en Europe sont extrêmement diverses. Certains ont vu leur demande d'asile rejetée, d'autres vivent en sursis dans les Etats membres de l'UE, après avoir voyagé de manière légale avec un visa. On ne peut pas accepter qu'en Allemagne des dizaines de milliers de personnes vivent pendant des années dans des conditions précaires avec, en permanence, la peur d'être expulsés. Vivre sans titre de séjour, cela signifie perdre ses droits et se faire exploiter. Les images des vergers dans le sud de l'Europe symbolisent cette politique ambiguë qui consiste à tolérer des gens en situation irrégulière et à les payer une misère. Quand on a passé plusieurs années en Europe, on devrait recevoir un titre de séjour légal. Nous avons besoin de réglementations humanitaires en Allemagne et dans les autres Etats membres. Il est important qu'à l'avenir, l'Europe offre des possibilités d'immigration légale. Les réfugiés ont besoin d'un accès sans risque à une procédure de demande d'asile en Europe. Mais malheureusement, une politique commune d'asile et d'immigration est loin d'être acquise.

D.W. : L'Europe porte-t-elle une part de responsabilité dans l'immigration de personnes venues de régions comme l'Afrique, à cause par exemple de sa politique économique inéquitable ?

Les conséquences de la politique européenne commerciale, agricole et de pêche sont étroitement liées aux raisons pour lesquelles les gens migrent et cherchent refuge dans d'autres régions du monde. Les bateaux de pêche européens sur les côtes de l'Afrique de l'Ouest détruisent les moyens de subsistance et les perspectives des gens sur place. Ils pillent les mers et les pêcheurs sénégalais sont obligés de vendre leurs bateaux et de tenter le dangereux voyage vers l'Europe. La réponse cynique à ces mouvements de population, c'est la défense. Avec l'aide de l'agence européenne de contrôle des frontières Frontex, les réfugiés qui arrivent en barques sont faits prisonniers en mer et reconduits dans leur pays. Cette politique paradoxale et inhumaine se reflète également dans le couplage de l'aide au développement à ce qu'on appelle les "accords de réadmission".

D.W. : Au cours des dernières décennies, les pays les plus pauvres ont perdu une part importante de leurs universitaires qui ont émigré vers les pays industrialisés. Est-ce que la migration vers l'Europe détruit aussi le potentiel de développement dans ces pays ?

La fuite des cerveaux représente une grande perte pour les pays d'origine, en particulier dans le secteur de la santé. L'émigration de médecins et du personnel de santé aggrave le manque de soins dont souffrent déjà certains pays. L'Europe encourage cette tendance avec une politique d'immigration choisie. On tente d'attirer les personnes hautement qualifiées tandis que l'on empêche les autres d'accéder à "l'île de la prospérité", j'ai nommé l'Europe.

D.W. : A quoi pourrait ressembler selon vous une politique de migration européenne tournée vers l'avenir ?

L'Europe devrait devenir un lieu de refuge sûr pour les demandeurs d'asile, et un espace ouvert à ceux qui veulent vivre et travailler ici. La future politique européenne d'asile et d'immigration doit mettre un terme à ce grand scandale humanitaire qui se joue à nos portes, et qui fait des milliers de victimes. Ce qui signifie aussi que l'Europe doit cesser de surveiller militairement ses frontières extérieures. Un continent qui s'isole et ne tolère qu'une immigration strictement choisie trahit sa tradition humanitaire et  gâche son avenir !

Karl Popp est chargé des questions européennes au sein de l'association Pro Asyl.

Interview : Jan-Philipp Scholtz
Traduction : Audrey Parmentier