1. Inhalt
  2. Navigation
  3. Weitere Inhalte
  4. Metanavigation
  5. Suche
  6. Choose from 30 Languages

Europe

Les pizzerias allemandes en guerre contre la mafia

Au petit matin du 15 août, les Allemands apprenaient stupéfaits que 6 Italiens avaient été froidement exécutés devant une pizzeria du centre de Duisburg, une ville de la Ruhr. Une semaine après, les restaurateurs italiens ont lancé à Berlin une initiative intitulée : « Mafia ? Nein, danke ! » pour repolir leur image auprès de la clientèle mais aussi pour faire acte de courage civique.

Mafia? Nein, danke

Mafia? Nein, danke

Le cafè Aroma est un peu plus qu’un restaurant italien, c’est une galerie d’expositions pour artistes photographes. Gino Puddu tient beaucoup à cette nuance. Arrivé de Milan il y a deux décennies, ce passionné de photographie voulait absolument associer la bonne chère au plaisir des yeux. En dégustant leur risotto, les clients du Cafè Aroma peuvent promener le regard sur quelques clichés travaillés. Mais depuis trois semaines, ils tombent forcément sur une drôle de pancarte montrant un profil de femme les yeux bandés. Et comme l’explique Gino Puddu , il ne s’agit pas là d’un élément décoratif :

"Sur la pancarte, il y a marqué : « Les personnes qui se soumettent à la mafia sont des personnes sans honneur ». Et en bas de l’affiche, il est écrit : « Mafia, non merci » . Voilà , c’est ce que nous voulons dire de façon claire et nette."

« Nous », ce sont trente restaurateurs italiens de Berlin et à peu près autant dans le reste de l’Allemagne. La mobilisation est cependant partie de la capitale allemande, à l’initiative de l’UIM, l’Union des Italiens dans le monde. Gino Puddu a décidé de participer à l’opération « Mafia, non merci »... après quelques hésitations toutefois :

"D’abord je me suis dit que ce qui s’est passé à Duisburg, ça ne m’intéressait pas. Je suis à des années lumière de la mafia. Et en plus à Berlin, on est encore bien moins concerné par la mafia que dans d’autres régions d’Allemagne. Et puis après, je me suis dit que l’UIM avait raison de montrer que la société civile est capable de se mobiliser contre la mafia."

En collant la pancarte « Mafia non merci » sur les murs de son restaurant, Gino Puddu s’engage à informer la police de toute tentative de racket dont il serait l’objet.

Mais l’opération n’est pas seulement un engagement civique, elle est aussi une campagne de communication destinée à redorer l’image des restaurateurs italiens. Après la tuerie de Duisburg survenue devant une pizzeria, beaucoup ont craint en effet des répercussions sur leur chiffre d’affaire. Avec le recul, les clients ne semblent pas avoir renoncé à un dîner chez leur « Italien » :

"Je viens ici depuis dix ans, pourquoi je devrais penser subitement qu’il va m’arriver quelque chose ? Quand je suis dans un bar allemand, je n'ai pas l'impression d'avoir affaire à des criminels, pourquoi cela serait-il différent ici ? "

En tout cas, depuis le massacre de Duisburg, la discussion sur les ramifications de la mafia en Allemagne est allée bon train. Experts et spécialistes mettent en garde contre une emprise bien réelle de la pieuvre italienne sur l’économie nationale. La police allemande, elle, préfère rester discrète. Bernd Finger, chef de la division « criminalité organisée » à la police berlinoise reconnaît certes que la mafia agit en Allemagne, en précisant aussi que son terrain d’action ne concerne que très rarement les restaurants, jugés trop peu lucratifs :

"Le racket de pizzerias isolées, comme ici à Berlin est bien trop astreignant et beaucoup trop dangereux pour la mafia. Elle risquerait de se mettre à découvert. Ça marcherait en Italie, mais pas en Allemagne. Hors d’Italie, la mafia tente d’infiltrer les secteurs de l’économie plus porteurs, mais sûrement pas la pizzeria du coin."

Gino Puddu se donne donc peut-être du mal pour rien, lui qui dit ne connaître la mafia que dans les films ou dans les livres. D’ailleurs combien de temps compte-t-il garder son autocollant "Mafia, non merci" au mur du Cafè Aroma ?:

"Oh, en ce qui me concerne, il peut rester là tout le temps ! Mais je crois qu’on va en recevoir bientôt des nouveaux. Je pourrai les distribuer à droite à gauche... "

Et après Berlin, l’Union des Italiens dans le monde s’apprête à lancer une initiative identique à Cologne, dans l’ouest du pays.

  • La lutte contre la mafia locale: zoom depuis l'Italie

Alors que la mafia siciliène est en déclin, l'organisation criminelle calabraise "La 'Ndrangheta" revient à l'ordre du jour, notamment à cause de ses trafics de cocaïne.

A écouter aussi dans cette émission:

  • Rencontre avec "Le courrier des Balkans"

- Reportage sur les vignobles en Serbie. Première escale à l'Est du pays, proche du Danube, où l'on trouve des terres viticoles très importantes et très anciennes. Les investisseurs français le savent bien et ont décidé de se lancer dans la production de "vins de qualité".

- Reportage sur la construction d'une cathédrale catholique à Pristina, au Kosovo. Au milieu d'une population principalement musulmane, 5% des Albanais sont catholiques. Ce projet de construction est un symbole fort pour les Albanais vis à vis de l'Europe.