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Europe

Le scandale de la thalidomide resurgit du passé

Un triste anniversaire en Allemagne : il y a 50 ans était lancée la thalidomide, un médicament qui allait provoquer de graves malformations chez 15 000 nouveaux-nés.

50 ans après son lancement, la thalidomide fait toujours scandale.

50 ans après sa commercialisation, la thalidomide fait toujours scandale.

Un reportage de Patrice Cuvier

« Un seul comprimé », c'est le titre de ce téléfilm qui a bouleversé l'Allemagne. Sept millions de téléspectateurs ont regardé la fiction en deux parties d'Adolf Winkelmann consacrée à la tragédie de la thalidomide, ce scandale médical des années 50.

Le drame de la thalidomide aura fait 15 000 victimes dont un tiers en Allemagne.

Le drame de la thalidomide aura fait 15 000 victimes dont un tiers en Allemagne.

Lancée sur le marché par le laboratoire Grünenthal le 1er octobre 1957, la thalidomide sera vendue pendant quatre ans sans ordonnance aux femmes enceintes pour combattre les nausées et les insomnies. Dès 1959 on relève pourtant une augmentation anormale de malformations chez des nouveaux-nés. Mais il faudra attendre novembre 1961 pour que le laboratoire Grünenthal confronté aux soupçons décide enfin de retirer son médicament. Le drame fera 15 000 victimes dont un tiers en Allemagne. Après sept ans de procédure, l'affaire est classée en 1970, les dirigeants du laboratoire n'ayant qu'une responsabilité mineure. La société Grünenthal verse l'équivalent de 50 millions d'euros d'indemnités aux victimes qui seront prises en charge par une fondation. Cinquante ans après sa commercialisation, la thalidomide refait parler d'elle avec ce téléfilm que les dirigeants du laboratoire ont vainement tenté de faire interdire. 2700 victimes vivent encore aujourd'hui en Allemagne. Parmi elles Andreas Meyer, 47 ans. Il est frappé de phocomélie, il est né sans bras et sans jambes. Ses mains et ses pieds sont rattachés au tronc. Il apprécie la toute récente diffusion du documentaire :

7 millions de téléspectateurs ont suivi la fiction consacrée au drame de la thalidomide.

7 millions de téléspectateurs ont suivi la fiction consacrée au drame de la thalidomide.

« Nous nous réjouissons que ce film ait pu être montré. Car il révèle à un large public les manœuvres des dirigeants du groupe pharmaceutique pour échapper à leurs responsabilités.»

Andreas Meyer dirige une association de défense des intérêts des victimes de la thalidomide.

Il se bat contre ce qu'il considère être une injustice : « L'affaire n'est pas classée à nos yeux car les victimes ont été progressivement déchues de leurs droits. Le montant du préjudice qui s'élève à 5 milliards d'euros a été ramené à l'époque à l'équivalent de 50 millions d'euros. Les victimes ne peuvent plus réclamer de nouvelles indemnisations pour les séquelles dont elles souffrent aujourd'hui. Car la loi, qui a crée la fondation chargée de les indemniser, a exclu toute possibilité de recours. »

50 ans après, les victimes de la thalidomide sont souvent confrontées aux douleurs et à la maladie qui s'ajoutent à leurs souffrances psychologiques, comme en témoigne Andréas Meyer :

Aujourd'hui, c'est l'État qui prend en charge les victimes.

Aujourd'hui, c'est l'État qui prend en charge les victimes.

« Les séquelles sont l'usure du squelette et des muscles provoquée par la modification des mouvements chez un handicapé victime de la thalidomide. Quand je prends un verre posé sur la table je dois bouger tout le haut du corps. Ces mouvements répétés quotidiennement entraînent une usure du squelette. »

Les 50 millions d'euros d'indemnités versés par le laboratoire pharmaceutique sont aujourd'hui épuisés. C'est l'Etat qui prend en charge les handicapés.

Mais cela ne suffit pas : « La plupart des victimes de la thalidomide vivent aujourd'hui de l'aide sociale. Ceux qui ont encore un travail craignent d'être mis à la retraite anticipée. Ils ont peur de l'avenir. Ils ont du mal à acheter une voiture ou des meubles aménagés pour eux. Ils vivent souvent dans la précarité. »

Les victimes de la thalidomide exigent des indemnités et demandent à Grünenthal de prendre ses responsabilités.

Les victimes de la thalidomide exigent des indemnités et demandent à Grünenthal de prendre ses responsabilités.

Après l'émotion provoquée par la diffusion du téléfilm, les victimes espèrent un geste du laboratoire pharmaceutique. Certains n'hésitent pas à appeler au boycott de ses produits.

Andreas Meyer reproche à Grünenthal de ne pas prendre ses responsabilités : « On ne peut pas se contenter d'une retraite maximum de 545 euros par mois. Alors que dans le même temps la société Grünenthal réalise des bénéfices. Nous avons droit à 5 milliards d'euros d'indemnités. Nous demandons à la société Grünenthal de prendre ses responsabilités et de nous verser une indemnité équitable.»

Le laboratoire allemand s'abrite derrière le verdict de 1970 : il refuse de s'excuser car cela reviendrait à reconnaître sa culpabilité. Quant à la thalidomide, aujourd'hui, elle n'est proposée aux médecins que sur demande et pour certains traitements contre la lèpre, le cancer ou le sida.

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