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Interview de la semaine

Le rodéo des bouchers de Maradi

À Maradi, au Niger, la caste des bouchers organise un spectacle de rodéo à l'occasion des fêtes musulmanes de la Tabaski et du Ramadan. Cette cérémonie traditionnelle attire des milliers de spectateurs.

Le spectacle de rodéo est un rendez-vous incontournable pour les jeunes bouchers

Le spectacle de rodéo est un rendez-vous incontournable pour les jeunes bouchers

À neuf heures du matin, la place du chef, transformée en arène pour la circonstance, est déjà pleine de monde. Le « hawan Kafo » qui veut littéralement dire « monter sur les cornes », attire des milliers de spectateurs venus de toute la ville. Le spectacle de rodéo a lieu devant le sultan de Katsina-Maradi.

La tradition veut que les toréros, de jeunes bouchers, viennent affronter un énorme taureau surexcité par les cris des spectateurs et les sons des tamtams, et réussir à s'accrocher à mains nues sur la tête de l'animal.

Un jeu dangereux

« Le rodéo est d’abord une question de volonté et de courage, explique Idi Kalélé, chef de la caste des bouchers du sultanat de Katsina-Maradi. Ce n’est pas tout le monde qui peut monter. Les candidats sont choisis parmi ceux qui peuvent s’attaquer à l’animal, même quand il fonce sur eux ! Certains reculent quand le taureau se dirige vers eux, ce n’est pas ce qu’on veut. On veut que la personne fonce aussi sur l’animal, quand celui-ci charge. »

Les candidats doivent prendre le taureau par les cornes... au sens propre du terme

Les candidats doivent prendre le taureau par les cornes... au sens propre du terme

« Si l’animal n’est pas féroce, nous lui donnons certaines herbes qui le rendent plus agressif, poursuit le chef des bouchers. Certains sont tellement fougueux, que la seule présence d’un homme devant eux suffit à les exciter. C’est un jeu très dangereux. Une année, un taureau a éventré un jeune homme avec ses cornes. C’est pour cela, chaque année, nous prions Dieu, pour que le spectacle se termine sans incident. »

Aujourd’hui, trois jeunes toréros sont entrés dans l’arène. Deux ont réussi l’épreuve. Le troisième a eu peur de sauter sur les énormes cornes de l’animal. Lorsqu’on l’a sorti de l’arène, il a fondu en larme, couvert de honte d'avoir déshonoré son père.

Le spectacle avant tout

Avant d’entrer dans l’arène, le taureau est d’abord amené chez le Yari. Il est le régisseur de la cour du sultan. Salissou Ali, le Yari du sultan de Katsina-Maradi, se félicite du bon déroulement du combat.

« On est très content aujourd’hui que le chef des bouchers nous a amené le taureau et ça s’est bien passé. C’est quelque chose qui est très dangereux et ce n’est pas facile qu’on laisse un animal devant quelqu’un, face à face… c’est une tradition, mais on veut que le gouvernement nous aide beaucoup là-dessus. »

Sani est un habitué du spectacle, il est quelque peu déçu de la performance des jeunes toréros : « Les bouchers d’avant étaient tellement courageux, ils étaient braves. Maintenant, si tu vois les bouchers, ils n’ont pas le courage d’affronter le taureau. Puisque avant, les bouchers viennent en tenue traditionnelle, avec des gris-gris, ils camouflent leurs visages pour faire peur au taureau, mais maintenant, ils viennent avec des survêtements, des jeans, on dirait qu’ils vont en balade ! »

Pour les jeunes bouchers, rendez-vous est pris pour la prochaine fête. Occasion peut-être pour ceux qui n’ont pas pu affronter le taureau, de prendre leur revanche.

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