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Dossier

Le monde est-il vraiment bienvenu en Afrique du Sud?

En Afrique du Sud, les attaques xénophobes sont relativement fréquentes. Les principales victimes en sont des Africains venus de Somalie, du Zimbabwe, d'Ethiopie et du Congo.

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« Ils sont arrivés vers 15 ou 16 heures », se souvient Zaid Ali Mohammed. « Ils étaient tout un groupe. Ils se sont rués sur mon magasin, ont défoncé la porte d'entrée et ont pénétré dans l'échoppe. Après avoir tout pillé, ils se sont mis à jeter des pierres, alors je me suis enfui. »

Il y a treize ans que Zaid Ali Mohammed a fui la guerre civile en Somalie, pris le bateau pour le Mozambique et continué sa route jusqu'en Afrique du sud où il est arrivé le 10 décembre 1997. Aujourd'hui encore, il se souvient parfaitement de son premier jour au Cap, qu'il croyait être un Eldorado. A l'époque, la Somalie était déchirée par une guerre entre clans rivaux. Zaid Ali Mohammed ne se doutait pas qu'en Afrique du Sud aussi, il serait confronté à la violence, dirigée contre les étrangers. « Ils nous affublent du surnom péjoratif de ‘Makhula' – ‘les Indiens', pourtant, moi aussi, je suis Africain ! En fait, ils nous jalousent parce qu'ils ne veulent pas travailler. Leurs magasins sont vides, alors ils envient le succès de nos échoppes. »

Ausländerfeindlichkeit in Südafrika

Zaid Ali Mohammed (photo: L.Schadomsky)

C'est à Middelberg, petite ville située à deux heures de route de Johannesburg, que Zaid a investi quelques dollars pour ouvrir un « Spaza », une sorte d'épicerie où les Sud-Africains trouvent les aliments de première nécessité : du pain, des fruits, du lait. Son magasin s'appelle « Siyabonga », ce qui signifie « Nous vous remercions » en zulu. Il sourit encore aujourd'hui de l'ironie cachée sous ce nom : au lieu de se montrer reconnaissant, ses voisins sud-africains lui ont au contraire reproché de leur voler la clientèle. Le 29 mars de cette année, un groupe d'hommes armés a fait irruption dans son magasin et l'ont saccagé. Zaid a eu de la chance de ne pas être blessé : il n'est pas rare que les commerçants somaliens paient leur succès économique de leur vie.

Ausländerfeindlichkeit in Südafrika

Un "Spaza" de Mayfair, Johannesburg

Au siège de l'association des Somaliens de la diaspora sud-africaine, le directeur Sheik Amir Hussein fait défiler sur l'écran de son ordinateur portable des photos de corps de ses compatriotes assassinés, prises dans des morgues d'Afrique du sud : « Cette photo, par exemple, c'est Amfar, la première victime somalienne », explique-t-il du ton routinier de celui qui a déjà montré ces clichés de nombreuses fois, y compris au président Zuma.

Amfar a été assassiné le 19 mai 2008, au moment où déferlait au nord de Johannesburg la première grande vague de violence xénophobe du pays. Les autres photos d'Amir montrent des visages sur des tables d'autopsie, des flaques de sang prises sur les lieux des crimes, un autre « Spaza ». Rien qu'en 2008, 1500 échoppes tenues par des Somaliens ont été saccagées et 109 Somaliens tués… une année « horrible », comme la qualifie lui-même Amir. Des bandes d'hommes armés faisaient des descentes dans les townships et frappaient à toutes les portes… malheur à celui qui ouvrait, s'il était Zimbabwéen ou Somalien.

L'opinion publique et les responsables politiques n'ont commencé à s'émouvoir de la montée de la xénophobie que le 26 septembre, lorsqu'une femme somalienne a été lynchée par la foule, avec ses trois enfants. Depuis, Amir continue sans relâche de plaider la cause de ses concitoyens auprès de la police et des responsables politiques. Son bureau est situé dans le quartier de Mayfair, qui rappelle un peu celui du marché de Mogadiscio.

Ausländerfeindlichkeit in Südafrika

Siraj Chikwatu (photo: L.Schadomsky)

Ce matin, la Sud-Africaine Tsakani Maswangany a fait le déplacement depuis Soweto pour venir faire des photocopies dans le magasin « 5 Degree » tenu par Siraj Chikwatu, originaire du Malawi. Lui aussi a eu quelques mauvaises expériences avec des racistes d'Afrique du sud : « Des amis à moi ont été agressés et ils ont perdu tous leurs biens ». Il tente de trouver les mots pour expliquer à Tsakani, sa cliente, ce que ses concitoyens endurent. « Je trouve ça injuste, répond-elle, nous sommes tous des Africains, il ne faut pas qu'on s'entretue. » Elle ajoute néanmoins : « mais je comprends aussi leurs motivations : vu le taux de chômage qu'on a ici, ils sont jaloux des étrangers. »

Le flux de Somaliens qui viennent trouver refuge dans le pays n'est pas près de s'interrompre, étant donnée la violence qui continue dans leur pays d'origine, orchestrée par des milices islamistes. Amir et ses compatriotes se sont organisés, leur président est venu récemment pour une visite d'Etat qui a trouvé un grand écho dans les médias sud-africains. Plusieurs centaines de milliers d'autres étrangers venus du Zimbabwe, de RD Congo ou d'Ethiopie, n'ont pas la chance de disposer des mêmes appuis et des mêmes réseaux et sont tout autant victimes de la xénophobie ambiante. Alors que l'Afrique du Sud se fait belle pour accueillir la Coupe du monde, ils craignent le jour où les caméras de surveillance seront débranchées, après la compétition : « Ils vont nous renvoyer chez nous », disent-ils souvent. Durant l'Apartheid, de nombreux Sud-Africains ont trouvé refuge à l'étranger. Désormais, c'est à eux d'apprendre l'accueil et la convivialité, et pas uniquement durant les quatre semaines de tournoi.

Auteurs: Ludger Schadomsky/Sandrine Blanchard
Edition: Anne Le Touzé