La Libye dans la tourmente | Afro-presse (hebdomadaire) | DW | 25.02.2011
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Afro-presse (hebdomadaire)

La Libye dans la tourmente

L' actualité africaine est presque entièrement dominée par la Libye. Mais les affrontements sont souvent relatés au conditionnel, il est difficile de vérifier et recouper l'information.

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Benghazi, 23.02.11

Les villes libérées, et ouvertes à la presse internationale, comme Tobrouk, font en revanche l'objet de longs reportages. Les journaux sont également nombreux à brosser des portraits du colonel Kadhafi.

La Süddeutsche Zeitung retrace la mutation opérée en 40 ans par celui qui fut le libérateur de son pays et met en exergue sa versatilité. Dans sa phase panarabe il a propagé des fédérations d'Etats qui toutes ont échoué. Comme révolutionnaire il n'a pas seulement soutenu des mouvements de libération et des terroristes dans le monde entier, il a aussi commandité des attentats qui ont fait des centaines de morts. Dans la région du Sahara, il a été tantôt bienfaiteur tantôt chef de guerre impérialiste. L'un de ses credos, note aussi le journal, aura toujours été l'unité de la nation. Mais le fait que l' insurrection ait commencé dans des villes comme Benghazi et Tobrouk montre que la Libye unie de Kadhafi est restée une chimère. Die Welt rappelle que quelques-uns des pires attentats dans l'histoire du terrorisme ont été commis sur l'ordre de Kadhafi - de l'attentat contre la conférence de l'OPEP à Vienne en 1975, à l'attentat contre l'avion de la PanAm en 1988 en passant par l'attaque contre la discothèque "La Belle" à Berlin en 1986.

Muammar Abu Minyar al-Gaddafi

Le colonel Kadhafi en 2009

Le régime libyen est l'un des plus répressifs au monde, lit-on dans la Tageszeitung de mercredi. Si le guide, autoproclamé, de la révolution est au pouvoir depuis 42 ans, c'est parce que après le putsch des "officiers libres" qui l'a porté au pouvoir en 1969, il a grandement restreint les pouvoirs des trois piliers de la politique et de la société: l'armée, les tribus et l'establishment religieux. Dans son édition de jeudi, le Tagesspiegel de Berlin n'hésite pas à écrire que la Libye est un peu la Corée du nord de l'Afrique. Sur un point, écrit le journal, Kadhafi a eu raison dans son étrange déclaration de guerre à son propre peuple: il ne peut pas démissionner de son poste, car officiellement Kadhafi n'occupe aucune fonction dans le système libyen, Après le renversement de la royauté en 1969 le jeune officier s'est proclamé guide de la révolution. Or il n'y a en Libye aucune constitution pour définir cette fonction, ni pour régler la succession. Kadhafi se voit comme le fondateur d'une troisième voie entre capitalisme et communisme, comme visionnaire et même comme prophète. Un prophète ne démissionne pas. Pour les Libyens ces visions pseudo-politiques se résument depuis plus de 40 ans à ceci: un tout petit cercle, autour de Kadhafi, tire les ficelles dans la plus grande opacité et distribue les recettes pétrolières. La principale caractéristique du système réside dans une totale imprévisibilité et un chaos institutionnel assorti d'une forte répression. Le risque est grand aujourd'hui, souligne le journal, que la Libye finisse comme Etat failli. Ce serait tragique pour les Libyens, dangereux pour les voisins et menaçant pour l'Europe.

Libyen Unruhen Öl Ölpreis Wintershall

Installation pétrolière de la firme allemande Winterschall en Libye

Avenir incertain pour la Libye

Tous les articles cités dans cette Afropresse datent au plus tard du vendredi 25 février, et c'est encore avec des sentiments mélangés que la presse allemande envisage une chute du régime Kadhafi. Comme le souligne la Frankfurter Allgemeine Zeitung, si Kadhafi et son clan devaient abandonner le pouvoir, il en résulterait une situation infiniment plus compliquée qu'en Egypte et en Tunisie. En un siècle la Libye est certes parvenue à une certaine organisation étatique, mais ce n'est pas un Etat digne de ce nom. Il y a des millénaires, sous les pharons, l'Egypte voisine connaissait déjà une bureaucratie très développée et une administration réglementée. En Libye on a à faire à des tribus qui pendant longtemps n'ont suivi que leurs propres règles. Au bout du compte ce seront peut-être moins les courageux manifestants qui porteront le coup mortel au régime que les tribus du pays qui rompront avec le guide de la révolution. L'opposition et les partis politiques étant interdits en Libye, l'appartenance à la tribu et au clan est un repère important pour de nombreux Libyens. La Libye, souligne la Tageszeitung, ne vit pas seulement la révolution arabe la plus sanglante, selon toute vraisemblance elle connaitra aussi la période post-dictatoriale la plus turbulente. Un mot d'économie pour clore ce long chapitre libyen. La Berliner Zeitung relève que d'après les chiffres les plus récents, qui datent de 2008, l'Allemagne est après l'Italie le deuxième partenaire commercial de la Libye. L'Allemagne bien sûr importe du pétrole, alors que la Libye apprécie les produits typiquement allemands, comme les voitures, et les machines. Le journal note aussi une hausse des ventes d'armes allemandes. Depuis la levée de l'embargo les livraisons ont fortement augmenté.Les exportations allemandes d'hélicoptères et de pièces détachées d'hélicoptères ainsi que d'équipements de détection et de décontamination ont atteint en 2007 une valeur de 23,8 millions d'euros, elles avaient déjà plus que doublé en 2009, avec 53 millions d'euros.

Elfenbeinküste Stadt Jamussukro Land und Leute Markt

Marché à Yamoussoukro, 2010

 

Dans le reste de l'Afrique

En dehors de la Libye, quelques articles relatent la montée de la violence en Côte d'Ivoire. La Tageszeitung évoque les affrontements dans le quartier d'Abobo à Abidjan, de même que la mission du panel des chefs d'Etat africains. Une mission effectuée dans un contexte d'effondrement économique pour le campg Gbagbo. La Süddeutsche Zeitung revient sur les élections générales en Ouganda. Le journal parle d'une élection présidentielle douteuse, dans laquelle Yoweri Museveni s'est fait réélire avec une majorité des deux-tiers. Le déroulement des élections, poursuit le journal, a été qualifé par les observateurs européens de "mauvais à très mauvais" dans un tiers des bureaux de vote observés. Cela soulève des questions dans un pays qui a prouvé dans d'autres domaines son talent d'organisateur. Enfin la Tageszeitung s'intéresse au premier grand procès pour viols de masse en République démocratique du Congo. Un lieutenant-colonel et trois autres officiers ont été condamnés à 20 ans de prison dans l'est du pays. Selon l'accusation, les 150 hommes de leur unité ont violé 62 femmes dans la localité de Fizzi, début janvier. Ce procès, souligne le journal, est considéré, à l'échelon national et international, comme un test pour la justice militaire congolaise. Selon les estimations de l'ONU, 160 femmes sont violées chaque semaine au Congo par des hommes armés.

Auteur: Marie-Ange Pioerron
Edition: Fréjus Quenum

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