La déception des Tunisiens | Afrique | DW | 16.05.2011
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Afrique

La déception des Tunisiens

Quatre mois après la fuite de Ben Ali, les espoirs suscités par la révolte sont en partie retombés. La population profite au quotidien de la fin de l’oppression, mais les Tunisiens sont loin de vivre en paix.

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Le vent de l'espoir retombe.

Ils attendent devant le ministère de la justice et ils sont en colère. «Ils» sont une centaine de Tunisiens qui, alors que des pillages ont encore lieu dans le pays, que l’économie tourne au ralenti, et que les élections approchent, se sont rassemblés là, pour crier aux autorités leur déception, à l'instar de ce manifestant:

« C’est toujours pareil. Ici, personne n’a fait le ménage. Ce sont les mêmes qu’avant qui travaillent dans les ministères, ceux qui ont travaillé avec les Trabelsi et les Ben Ali.»

Le juriste Chokri Benaissa dresse lui aussi un constat pessimiste : la chute de l’ancien dictateur n'a pas suffi à commuer le système en démocratie.

« Nous sommes en pleine crise. La révolution a été avortée. La police est de retour, en grande forme, par la violence, la dictature. »

Tunesien Kopftuch Revolution Paar

Et maintenant?

Le parti unique, le RCD, a pourtant été officiellement dissous, tout comme la police secrète. Une soixantaine de nouvelles formations politiques ont fait leur apparition. Les médias ont une liberté de ton toute nouvelle. Mais la presse aussi doit apprendre la démocratie. Fouzia Mezzi, rédactrice en chef du journal « La Presse Tunisie »:

« Il y a une cacophonie de l’information. Les faits ne sont pas toujours vérifiés, on publie les choses comme ça, souvent de façon sauvage. Ça manque de professionnalisme et cela contribue au climat de peur qui s’exprime par la violence. »

Sur le plan économique, la Tunisie a traversé une passe difficile, avec une baisse de 26% des exportations au 1er trimestre et des investissements étrangers en chute libre. Et le tourisme, pilier de l’économie nationale, n’a pas été épargné. Pour Ralf Melzer, représentant de la Fondation Friedrich-Ebert à Tunis, le chômage et la paupérisation qui guettent ne facilitent pas la transition démocratique et les élections de juillet pourraient mal tourner :

« Si la Tunisie manque ce rendez-vous, malgré ses bonnes prédispositions – sa population bien éduquée, une économie qui fonctionne quand même en dépit des problèmes sociaux, une classe moyenne assez importante – si ça ne marche pas malgré tout cela, alors cela enverra un signal négatif à toute la région, avec des répercussions auxquelles mieux vaut ne pas penser. »

Si le pays ne parvient pas à endiguer la déception qui se propage, le parti islamiste, interdit sous l’ère Ben Ali, pourraient être les grands gagnants des élections de juillet prochain. Auteurs: Marc Dugge et Sandrine Blanchard
Edition: Georges Ibrahim Tounkara