La crise ivoirienne vue par les Nations unies | Dossier | DW | 12.10.2010
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Dossier

La crise ivoirienne vue par les Nations unies

Le 31 octobre, les Ivoiriens sont appelés aux urnes pour choisir leur nouveau président. Choi Young-Jin dirige l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) depuis 2007. Il se dit optimiste.

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Choi Young-Jin, représentant spécial de Ban Ki-moon en Côte d'Ivoire

Après maints reports, c'est finalement le 31 octobre prochain que les Ivoiriens vont se rendre aux urnes pour une élection attendue depuis 2005 et qui devrait mettre un terme à huit années de crise.

Deutsche Welle : Dans quelle mesure l'élection présidentielle représente-t-elle un pas important dans la réunification et la pacification de la Côte d'Ivoire ?

Choi Young-Jin : depuis toujours les deux questions sont liées en Côte d'Ivoire. Les élections et la réunification. On a vu la priorité entre les deux quelques fois changée dans le passé, mais désormais, c'est la réunification qui a pris le dessus sur les élections. Maintenant on parle plus de l'importance des élections pour la réunification. Donc il faut attendre un peu pour voir avec clarté les rapports entre les deux. Il se peut que la présidentielle ait lieu sans que la réunification soit réalisée totalement. Il se peut que la réunification puisse affecter le processus électoral.

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Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire

Dans quelle mesure la Côte d'Ivoire est-elle un pays central, un pays-clé pour toute la région ? Qu'est ce qui justifie la présence des Nations unies en Côte d'Ivoire ?

La Côte d'Ivoire représente à peu 15% du poids économique de l'Afrique de l'Ouest, soit un poids important dans l'ensemble de la sous-région. Nous avons deux tendances en Afrique de l'Ouest : la tendance ghanéenne, au sud, qui a une influence positive avec démocratie, stabilité et croissance économique. Au nord, il y a une tendance guinéenne qui n'est pas très stable. Ce qui va se passer en Côte d'Ivoire va déterminer d'une façon importante la direction de cette tendance. Si on stabilise la Côte d'Ivoire, c'est la tendance politique ghanéenne, ivoirienne qui va gouverner la région. Si par contre la Côte d'Ivoire ne réussit pas à sortir de la crise, c'est la tendance guinéenne plus négative qui va se répandre. Je crois que la Côte d'ivoire détient la clé d'une façon ou d'une autre pour la direction que la région va prendre.

Les Nations Unies sont sur place depuis longtemps, pensez-vous que la Côte d'Ivoire est un pays en crise mais pas en faillite ? Y a-t-il de grandes différences si on compare la situation à celle de la République démocratique du Congo ?

On ne reconnaît pas assez le côté positif de la Côte d'Ivoire, c'est-à-dire que ce n'est pas un pays en faillite. Il y a toujours un gouvernement qui fonctionne avec un budget assez solide, qui était de cinq milliards de dollars l'année dernière. Il y a une force de sécurité assez importante : 40.000 hommes dans le sud et dans le nord, nous avons les anciens rebelles. Ceci dit, le pays est toujours en crise puisqu'il reste divisé sans élection, sans réunification. Donc nous devons baser nos efforts sur les points positifs. La Côte d'Ivoire dispose de structures existantes pour réaliser les deux tâches : l'élection et la réunification.

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L'armée ivoirienne au cœur de la réunification du pays

Considérez-vous la zone dans le nord contrôlée par les ex-rebelles des Forces nouvelles comme une zone d'insécurité générale, par exemple pour la population civile ?

Dans le sud, c'est le gouvernement qui assure la paix et la stabilité avec notre soutien, dans le nord ce sont les Forces nouvelles qui assurent la paix et la stabilité avec notre appui. Actuellement, les deux éléments sont en train de créer des brigades mixtes qui remplaceront étape par étape les forces divisées, toujours avec notre appui. Mais le concept de brigades mixtes piétine malheureusement, donc il faut toujours tenir compte de la réalité. Il y a trois éléments qui assurent la paix et la stabilité : la force de sécurité du gouvernement, les anciens rebelles et les forces impartiales. Il faut vite créer une force unitaire telle que les brigades mixtes ou les armées réunifiées pour que les Nations unies puissent quitter le pays pour aller travailler dans un endroit où on aurait plus besoin de leur assistance qu'en Côte d'Ivoire.

Etes-vous satisfait des mesures de désarmement et des offres faites aux anciens rebelles pour leur permettre de s'intégrer dans l'armée ou d'avoir une formation ?

Il y a des progrès, mais assez lents. En effet, cette question de réunification est liée à la question fondamentale des ressources financières parce que le cantonnement, la démobilisation et la réinsertion ont un coût. C'est la question classique de la poule et de l'œuf, on est toujours là avec cette ambiguïté, il faut trouver une solution à cette question fondamentale pour assurer un progrès rapide et véritable du désarmement.

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Les Ivoiriens attendent...

Il y a souvent dans les crises une force qui soutient le conflit, c'est-à-dire qu'il y a une recherche d'intérêts comme par exemple le trafic d'armes. Pensez vous qu'il y ait des intérêts venant de l'extérieur et qui hypothèqueraient le retour à la paix ?

Normalement, dans tous les cas de maintien de la paix ou de crise, il y a trois tendances : une force en faveur de la paix, une force menée par les va-t-en-guerre et une force politique pour le statu quo. Heureusement en Côte d'Ivoire, la dynamique se situe plutôt entre la force pour la stabilité et la force pour le statu quo. Et heureusement, la troisième force très négative n'est pas présente en Côte d'Ivoire. Donc la lutte se situe entre le statu quo et le progrès et non entre le progrès et la régression.

Vous croyez ainsi que le pays se trouve sur la bonne voie ?

Il faut être réaliste et optimiste et jamais pessimiste.

Une interview réalisée par Ute Schaeffer
Edition : Georges Ibrahim Tounkara, Anne Le Touzé