La colère monte contre les élites | Dossier | DW | 30.09.2010
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Dossier

La colère monte contre les élites

L’élection présidentielle est fixée au 31 octobre. Mais personne ne peut encore garantir que les Ivoiriens pourront effectivement voter. A quelques semaines de l’échéance, la tension est palpable dans les rues d’Abidjan.

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Discours public à la Sorbonne

En plein cœur d’Abidjan se trouve la « Sorbonne », à la fois café en plein air où se retrouvent des habitués, espace de débat et de discours plus ou moins spontanés. Tous les jours entre 12 heures et 15 heures, chacun est libre de prendre la parole. Le public est composé de jeunes hommes assis sur des bancs marron, au milieu d’une place animée, encerclée par les voitures.

Elfenbeinküste Jeremy Soukrou von Sorbonne Abidjan

A la Sorbonne, les avis sont tranchés

L’opposition béninoise et sénégalaise ont déjà assisté à ces réunions et la société civile nigériane a envoyé une délégation, raconte le président de la « Sorbonne », Jérémy Soukrou. Il souligne l’importance de ces débats pour l’information de la société ivoirienne, tout en ne faisant aucun mystère de la tendance politique majoritaire dans cette agora : « Nous soutenons le programme de gouvernement du président Gbagbo que nous trouvons bien pour les Ivoiriens que nous sommes. Nous sommes là pour sauvegarder les institutions de la République et protéger sa vie, en quelque sorte pour défendre la société civile de Côte d’Ivoire. »

En ce moment, un sujet occupe tous les esprits : le vote du 31 octobre. Ici, l’issue de l’élection présidentielle est une évidence. Les « Sorbonnards » ont un avis tranché : oui au président Gbagbo, non à l’ingérence de la communauté internationale, non à l’influence française encore très marquée dans le pays. Mais à la tribune, il n’y a pas que les représentants du FPI, le Front populaire ivoirien de Laurent Gbagbo, qui ont un droit de parole, souligne Jérémy Soukrou : « Les autres partis politiques venaient par le passé pour des débats contradictoires. La Sorbonne n’est pas à la solde d’un parti politique : elle appartient aux Ivoiriens. N’importe qui vient, dit ce qu’il veut et s’en va. Il fallait ancrer la démocratie dans le corpus des Ivoiriens. »

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Les Ivoiriens en ont assez de la crise

« Gbagbo bloque le processus »

Cela fait huit ans que la crise politique et économique enfle en Côte d’Ivoire. Elle a laissé des traces chez les habitants, du cultivateur de cacao au chef d’entreprise. Tous les Ivoiriens souhaitent un retour à la normalité. Et certains estiment que c’est le président Gbagbo qui empêche ce retour. « Le président actuel n’a pas envie de quitter le pouvoir, estime un visiteur du marché de Treichville. Depuis près de cinq ans, les élections qui devaient être organisées ne le sont pas. Il n’y a pas de volonté politique. »

De nombreux Ivoiriens ont également des doutes quant à la capacité des autres candidats à mener une politique pour toute la Côte d’Ivoire. Au total, 14 personnalités briguent le mandat présidentiel. Les trois principaux candidats – Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara – se disputent le pouvoir depuis les années 1990. Ils font partie de l’establishment, ont chacun leur titre de presse et leurs partis sont bien organisés. Même chose pour les ex-rebelles des Forces Nouvelles, dont le chef Guillaume Soro est Premier ministre depuis 2007.

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Yéli est en colère contre l'élite politique

La campagne électorale se déroule dans une atmosphère tendue. Son principe est simple : critique des autres candidats, mobilisation agressive de la base et… peu de programme. C’est également le mode de fonctionnement des journaux qui jettent de l’huile sur le feu avec des gros titres du genre « Gbagbo va tomber tout seul », « Derrière qui se rangera l’armée ? » ou encore « La colère monte ». Quel que soit le vainqueur des urnes le 31 octobre, tout porte à croire qu’il ne sera reconnu que par son propre parti.

Les perdants de la crise ivoirienne

La classe moyenne est l’une des grandes perdantes dans ce jeu de pouvoir qui tient la Côte d’Ivoire en haleine depuis toutes ces années. Yéli, 45 ans et mère de deux enfants, en fait partie. C'est à bord d'une grosse jeep qu'elle vient faire ses courses dans le centre d'Abidjan. Quand on lui parle de politique, elle explose : « On a tout pour réussir. Tout ce que nos politiciens ont à faire, c’est de ramener la paix. On en a assez, on en a marre, on est fatigué. » La plupart des Ivoiriens ont une idée bien claire de ce à quoi leur pays devra ressembler avec un nouveau président : une économie à nouveau florissante, comme à l’époque où la Côte d’Ivoire était le poumon économique de l’Afrique de l’ouest, un système éducatif qui fonctionne et du travail pour tous. Si les élections sont à nouveau repoussées, nombre d’Ivoiriens redoutent que leur pays replonge dans l’anarchie et le chaos.

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Les jeunes sont aussi les grands perdants

Amadou Traoré fait partie de la génération des moins de 30 ans, qui représente plus de la moitié de la population ivoirienne. Nombre de ces jeunes sont très qualifiés, avec un baccalauréat ou un diplôme universitaire en poche. Amadou a lui-même étudié l’anglais, mais il ne trouve pas de travail. Pour gagner sa vie, il est chauffeur de taxi. Et s’il y a une chose dont il est sûr, c’est que si les élections sont reportées, il y aura de nouveaux troubles : « Il faudrait que cette élite-là soit balayée, que de nouvelles têtes arrivent avec de nouvelles idées pour qu’on puisse avancer. Aujourd’hui on se dit que l’armée est républicaine mais on a vu le cas au Niger. S’il n’y a pas de changement, je suis sûr qu’un jour l’armée se rangera aux côtés de la jeunesse ou du peuple pour combattre le pouvoir en place. C'est possible. »

La tension est palpable en Côte d’Ivoire et pas seulement chez les plus pauvres. La colonne vertébrale de l’économie et de la politique ivoirienne est tout autant touchée : les jeunes, les gens cultivés et la classe moyenne.

Auteurs : Ute Schaeffer, Anne Le Touzé
Edition : Marie-Ange Pioerron

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