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Tandem

Gestion allemande pour société française

L'Allemand Frank Esser a dirigé SFR pendant dix ans. Le personnel de la société française de téléphonie mobile connaît maintenant ses plans d'action et Frank Esser les douloureux effets de la régulation à la française.

Frank Esser a dirigé SFR de 2002 à 2012

Frank Esser

Un conseiller de carrière l'aurait sûrement dissuadé de choisir une telle voie. Aucune chance ! Réussir dans la deuxième entreprise française de téléphonie mobile sans maîtriser la langue ? Le choix paraît assez aberrant. Et pourtant, Frank Esser a réussi ce tour de force, même si ce n'est pas lui qui en a eu l'idée. Il a été contacté par le patron de Vivendi de l'époque, Jean-Marie Messier, qui cherchait un nouveau dirigeant pour sa filiale de téléphonie mobile SFR. Cela tombait bien car le gestionnaire de Mannesmann avait envie de changer d'air après le rachat de son groupe par l'entreprise britannique Vodafone. En 2000, Frank Esser a donc fait ses valises et quitté le Rhin pour la Seine avec sa femme et ses deux enfants.

Ses amis managers pensaient qu'il ne tiendrait que quelques mois, se souvient le docteur en économie. Ils se sont trompés. Même si les débuts, il est vrai, ont été très hésitants. « La grande surprise, pour moi, a été de constater à quel point il est difficile d'apprendre une nouvelle langue, quand bien même on vit dans le pays. » Frank Esser avait réservé deux soirs par semaine ainsi que ses week-ends pour apprendre le français, un travail harassant. Sa première conférence devant ses collègues, lue péniblement avec les yeux rivés sur ses feuilles, a sûrement été catastrophique. Mais, par la suite, Frank Esser a reçu de nombreux compliments sur ses progrès. Avec beaucoup de modestie, il raconte : « c'était important de parler français et surtout de faire des efforts. »

Autre langue, autre culture

SFR emploie quelque 10.000 personnes

SFR emploie quelque 10.000 personnes

Ce Rhénan de 54 ans, réservé et très discret, a dû également s'adapter à une toute autre culture de la gestion. « En Allemagne, il faut être efficace et atteindre ses objectifs, ce sont les critères essentiels. Si une décision est prise, il s'agit seulement de la mettre en œuvre. En France, au contraire, on accorde beaucoup plus de valeur à la créativité et à la flexibilité. » Ce qui peut occasionner des problèmes car certaines décisions encore en attente, dans l’éventualité d'une meilleure solution, ne sont jamais concrétisées. Frank Esser a donc mis en place des plans d'action. Par ailleurs, il a fait appliquer une méthode très allemande au sein de l'entreprise : la gestion en équipe. « Pour moi, c'était très important. Je ne veux pas être un patron qui sait tout et décide seul de tout, il faut travailler en équipe. »

En tant que P-DG d'une des entreprises les plus connues en France, Frank Esser a rapidement intégré les cercles les plus fermés du pays. Cela ne lui a pas posé de problème, il a même rejoint le très élitiste club Le Siècle au bout de trois ans. A l'époque, on s'entretenait beaucoup avec lui de l'Agenda 2010 du chancelier Gerhard Schröder, « les hommes d'affaires français étaient très envieux de cette réforme. » Rien de tel n'a été entrepris en France depuis, mais les médias spéculent aujourd'hui encore sur la possibilité d'une mesure similaire, à l'initiative de François Hollande.

« La France a une multitude de lois qui compliquent la vie »

La situation économique de la France est préoccupante, selon Frank Esser

La situation économique de la France est préoccupante, selon Frank Esser

La principale cause de crispation pour Frank Esser, c'est la politique française. Dans ses fondamentaux, elle est très différente de celle pratiquée en Allemagne. En France la politique aime à se considérer comme la protectrice des citoyens. « C'est le cas pour la protection des consommateurs mais aussi dans d'autres domaines. En Allemagne, on pose les cadres, tandis qu'en France l'Etat dicte tout dans les moindres détails. » C'est d'ailleurs cet aspect-là de la France qui lui a coûté son poste en mars 2012 après dix ans passés à la tête de la filiale. Il y a un an lorsque l'opérateur mobile concurrent free, profitant d'une régulation bienveillante, s'apprêtait à conquérir le marché avec des prix défiant toute concurrence, des désaccords ont surgi entre Frank Esser et le conseil d'administration sur la façon de réagir à cette menace. Son départ s'est fait sur la base d'un accord à l'amiable.

Frank Esser ne sait pas s'il trouvera son prochain emploi en France. « Je profite du pays pour l'instant mais je me suis toujours senti européen. Pour moi, c'est là que réside l'avenir, pouvoir travailler en tant qu'Européen en Allemagne, en France, en Angleterre, etc. tout en restant Allemand. » Ainsi, la prochaine étape pourrait bien être la Grande-Bretagne. Dans tous les cas, il souhaite à nouveau travailler dans un secteur dynamique, comme l'e-commerce par exemple. Quant à ses enfants, ils ont décidé, pour l'heure, de rentrer faire leurs études à Cologne, leur ville d'origine. Là où leur père a également étudié et enseigné.

Un pays à fort potentiel

Le président français François Hollande ne mène pas une politique à l'allemande

Le président français François Hollande ne mène pas une politique à l'allemande

Contrairement aux constats souvent alarmants véhiculés par les médias, Frank Esser estime que la France a tous les outils pour sortir de la crise : une excellente infrastructure, un système éducatif globalement performant et des personnes motivées. Malgré son enthousiasme affiché, il reste les zones d'ombre : « Le plus préoccupant, c'est le manque de volonté de réforme. Les réformes sont sans cesse reportées, qu'elles concernent le droit du travail ou d'autres domaines. » Il reconnaît toutefois que les Français amorcent des changements. Pour la formation, par exemple, ils tentent d'intégrer le modèle allemand qui allie écoles professionnelles et entreprises. Ils ont conscience également du retard à rattraper concernant les classes moyennes. Mais les réformes ont besoin de temps. Surtout en France, un pays qu'il connaît bien désormais. Et où il est « connu » : Frank Esser est, en effet, le seul patron allemand à être présent sur Wikipédia en français mais pas dans sa propre langue.

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