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Europe

France : Le passé russe de Nice

La cathédrale russe Saint-Nicolas est le monument le plus visité de Nice. Mais le prestige de cette église est tel que l'Etat russe a engagé une bataille judiciaire pour en récupérer la propriété.

La cathédrale russe orthodoxe de Nice fut achevée en 1912.

La cathédrale russe orthodoxe de Nice fut achevée en 1912.

La ville de Nice est connue pour être la capitale de la Côte-d’Azur dont le climat et la beauté du paysage ont été rendus célèbres par les Britanniques à la fin du XIXe siècle.

Nice, dans le Sud-Est de la France.

Nice, dans le Sud-Est de la France.

Ce qui est moins connu en revanche, c’est que les Russes peuvent revendiquer tout autant la paternité de cette découverte puisque les membres de la famille impériale avaient pris l’habitude d’y passer l’hiver, et ceci dès la seconde moitié du XIXe siècle. Les fastes de leurs réceptions ont marqué l’imaginaire des Niçois et aujourd’hui, la cathédrale russe Saint-Nicolas est la vitrine de ce passé.

Un symbole pour la communauté russe exilée

« C’est vrai que de nombreux Russes venus à l’époque défrayaient la chronique par le faste des réceptions qu’il donnait, ils invitaient tout le monde, toute la Côte d’Azur... Donc ça produisait une très grande impression. Et les gens se frottaient les mains parce que, évidemment, ça faisait marcher tous les commerces. », raconte Alexis Obolensky.

Alexis Obolensky appartient à une famille aristocratique de « Russes blancs ». Ses grands-parents et ses parents ont émigrés à Nice en 1921. Héritier d’une famille princière et enseignant universitaire à la retraite, il est aussi vice-président de l’association cultuelle orthodoxe russe de Nice. Une association qui gère la cathédrale Saint-Nicolas, le symbole de cette communauté russe exilée.

La cathédrale russe orthodoxe Saint-Nicolas de Nice.

La cathédrale russe orthodoxe Saint-Nicolas de Nice.

L’implantation de la colonie russe à Nice remonte à 1856 : l’année où l’impératrice douairière Alexandra Feodorovna débarque sur la Côte d’Azur. C’est elle qui va attirer ces aristocrates fortunés qu’évoquait Alexis Obolensky. C’est elle surtout qui va permettre la construction de la première église russe de la rue Longchamp. Puis en 1908, le dernier tsar de Russie, Nicolas II, fit don de son terrain de la villa Bermond pour y construire la cathédrale Saint-Nicolas qui sera achevée en 1912.

Aristocrates ruinés

Mais à partir des années 1920, une nouvelle vague d’immigrants va arriver à Nice et pour la plupart, il s’agit d’aristocrates ruinés. Déracinée, cette communauté va conserver une partie de son identité dans la religion orthodoxe. Une église orthodoxe coupée de la Russie et aujourd’hui encore, la cathédrale Saint-Nicolas de Nice dépend du Patriarcat œcuménique de Constantinople et non de celui de Moscou.

Le père Jean Gueit, archiprêtre de la cathédrale russe de Nice.

Le père Jean Gueit, archiprêtre de la cathédrale russe de Nice.

Nouveaux Russes

Aujourd’hui, une autre génération de Russes arrive sur la Côte d’Azur : ce sont les « nouveaux Russes » qui font parler d’eux en dépensant des fortunes dans les palaces et les casinos de la Promenade des Anglais. Mais les Russes installés depuis trois générations n’entretiennent aucune relation avec eux. Ils les considèrent d’ailleurs même avec un certain mépris.

Alexis Obolensky refuse ainsi de les comparer avec les aristocrates d’avant 1917 : « Aujourd’hui, les nouveaux Russes achètent des résidences absolument fabuleuses et sans doute dépensent énormément d’argent mais ils le font entre eux. Ce n’est pas la même chose. Ils ont plutôt des résidences avec des gardes du corps, etc... Ce que les Russes de l’époque ne connaissaient pas. Ces gens vivaient tranquillement, il n’y avait pas la même crainte et pourquoi cela ? Parce qu’ils se sentaient riches légitimement. Alors que je crois qu’une bonne partie des nouveaux Russes ont des fortunes acquises d’une manière tout à fait étrange et ils préfèrent se protéger. Donc la comparaison ne peut pas fonctionner. »

Dans ce contexte, la cathédrale Saint-Nicolas apparaît comme un refuge, la gardienne d’une communauté qui ne s’identifie pas à la Russie d’aujourd’hui. L’édifice se dresse à côté du boulevard du Tsarévitch, du nom du prince héritier Nicolas Alexandrovitch, mort à Nice et enterré dans une chapelle commémorative derrière la cathédrale. En arrivant dans le parc de l’ancienne villa Bermond, on est frappé d’abord par le style « vieux russien » de la cathédrale avec ses cinq coupoles recouverte de tuiles vernissées.

Ange de céramique, détail d'une fresque murale de la cathédrale.

Ange de céramique, détail d'une fresque murale de la cathédrale.

A l’intérieur, Alexis Obolensky nous fait découvrir l’iconostase et bien sûr les icônes. Dont une en particulier : « Voici l’icône de Saint-Nicolas, c’était l’icône privé du Tsarévitch, décédé à Nice en 1865. Elle était à son chevet au moment de sa mort. Quand on a construit une chapelle commémorative, on l’a accroché au-dessus de l’entrée. Elle y est restée pendant de nombreuses années et a fini par s’assombrir. Alors, des gens ont pensé qu’il était bon de la mettre à l’intérieur de la cathédrale et c’est ce qu’on a fait. Puis on a constaté un beau jour qu’elle s’était éclaircie, que le visage était réapparu et toute l’icône d’ailleurs. Et aussi que des gouttelettes s’étaient formées qui rappellent un peu des gouttes de sang. Elle est donc très vénérée et un petit peu considérée comme une icône miraculeuse. »

Le monument le plus visité de Nice

L’office de la Dormition de la Vierge Marie correspond à l’assomption catholique. Il est célébré le 28 août par l’église orthodoxe, soit avec treize jours de retard sur le calendrier grégorien. Ce jour-là, une cinquantaine de personnes sont présentes dans la cathédrale. Revêtu de la « Riassa », une chasuble turquoise et or, le père Jean prononce une partie de son homélie en slavon, une ancienne langue slave adoptée dans la liturgie orthodoxe.

A la fin de l'office, deux des personnes présentes expliquent ce que cette cathédrale signifie pour elles : « Je m’appelle Alexandra Schirinsky-Shikhmatoff. Mes parents ont émigré après la révolution en 1919 et ce sont établis aux Etats-Unis puis ensuite à Genève. Il y a six ans, j’ai décidé de m’installer ici. J’ai été accepté comme chanteuse soprano dans le chœur. Et on m’a aussi demandé de faire visiter l’église de temps en temps aux touristes. C’est le monument le plus visité à Nice, il est extraordinaire. Quand les gens entrent ici, ils ont une espèce d’illumination subite. »

- Je me présente, je m’appelle Jean Kowalewsky, je suis Français depuis mes 78 ans... Mais mes parents étaient Russes, ils m’ont transmis la foi orthodoxe et la culture russe, du moins en partie car je me sens beaucoup plus Français que Russe. Mais en ce qui concerne la foi en Dieu, la manière de la pratiquer, pour moi c’est l’orthodoxie qui me tient à cœur. »

Le cimetière russe de Caucade

Alexandre et Tatiana Chvets sont les gardiens du cimetière russe de Caucade. Bâti au-dessus de Nice sur les restes d'une ancienne oliveraie et dominant la mer, le cimetière, avec ses 3000 tombes, conserve la mémoire de la communauté russe. Si le Tsarévitch mort à Nice n’y est pas enterré, on trouve en revanche des noms illustres comme le Grand Duc Rostislav Romanov ou bien le général Blanc Nicolas Youdenitch.

Tatiana Chvets nous montre la plus ancienne tombe qui date de la fin du XIX e siècle : « Colonel Alexandre Rajevsky. Il est né au Caucase en 1795, il a participé à la guerre contre Napoléon. Ensuite, il a pris sa retraite car sa santé n’était pas très bonne. Il est venu à Nice pour se soigner et il y est mort en 1868. »

La cathédrale russe de Nice changera-t-elle bientôt de mains ?

La cathédrale russe de Nice changera-t-elle bientôt de mains ?

Retour à la cathédrale Saint-Nicolas et retour au présent puisque ce monument est l’enjeu d’une querelle juridique qui oppose l’association cultuelle orthodoxe de Nice à la Fédération de Russie. Moscou revendique en effet la propriété de la cathédrale puisque celle-ci se dresse sur un terrain concédé par le tsar Nicolas II, et ceci sous la forme d’un bail emphytéotique de 99 ans qui arrive à terme cette année. La Russie s’estimant l’héritière de l’empire russe d’avant 1917, elle a donc engagé une bataille judiciaire visant à récupérer la propriété de la cathédrale classée monument historique en 1987.

Le père Jean Gueit déplore que cette tentative de récupérer la propriété de la cathédrale dissimule la volonté du Patriarcat de Moscou de reprendre le contrôle d'une partie de la communauté russe exilée : « Tout cela est d’autant plus regrettable que c’est l’expression d’une collusion qu’on le veuille ou pas entre l’Etat russe et le patriarcat de Moscou, que nous ne renions pas, que nous reconnaissons comme tel. Il n’y a ni rejet ni excommunication de notre part. Mais c’est profondément regrettable car s’il est vrai que nous sommes très sensibles en Europe occidentale à la séparation de l’église et de l’Etat, eh bien là nous ne sommes pas dans une perspective de séparation, mais au contraire, d’une forte collaboration et même d’une collusion entre la Fédération de Russie et le Patriarcat de Moscou. »

Quant à Alexis Obolensky, celui-ci explique qu'il faut sans doute aller chercher les motivations de l'Etat russe dans la volonté politique qui est la sienne de gommer pour ainsi dire soixante-dix ans d'Union soviétique.

« D’une certaine manière, cela revient à s’approprier l’image des fastes d’antan et de la respectabilité d’antan. Au fond, quelque part faire oublier que l’Union soviétique a été pendant de nombreuses décennies jugée quelque peu infréquentable. Et affirmer que la Russie d’aujourd’hui est l’héritière en tout de cette Russie éternelle. Voilà, la Russie éternelle, c’est ce qui les anime... Et quelle vitrine plus brillante en Europe que la cathédrale russe de Nice ?» , demande Alexis Obolensky.

Quant aux pouvoirs publics français, ils réagissent dans le désordre. Le Conseil général a accéléré le classement des biens mobiliers de la cathédrale, réalisé en avril dernier. Mais cette protection ne change rien sur la question de la propriété de la cathédrale. Et sur ce point, le maire de Nice, Jacques Peyrat, après avoir soutenu l’association cultuelle orthodoxe, semble avoir changé son fusil d’épaule. Depuis justement un voyage qu’il a réalisé à Moscou.

Le père Jean Gueit est l’archiprêtre de la cathédrale. Et il résume ainsi les questions d’identité que les Russes de Nice se posent encore : « Qui sommes nous ? Est-ce que nous sommes Russes ou est-ce que nous sommes d’abord orthodoxes ? Par rapport à cela, la question politique n’a pas sa place. Il y avait certes un rapport entre l’affirmation de l’orthodoxie et la lutte contre le régime communiste, c’est vrai. Mais ce n’est pas un problème identitaire. Nous sommes chrétiens d’origine russe. Nous ne sommes pas chrétiens parce que nous sommes Russes. »

  • Auteur Jean-Michel Bos (Septembre 2007)
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