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Dossier

Des multinationales accusées de complicité avec le régime de l'apartheid

Pour la première fois depuis la fin de l'apartheid, une plainte mettant en cause la coresponsabilité d'entreprises internationales dans les crimes du régime de l'époque a été reçue. Deux d'entre elles sont allemandes.

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Il est question ici du conflit entre les affaires et la morale. Il est question de beaucoup d'argent. Aux Etats-Unis, cinq grandes entreprises comparaissent devant la justice. Parmi elles, le constructeur automobile Daimler et le groupe Rheinmetall, spécialiste de l'armement. Des centaines de Sud-africains les accusent d'avoir encouragé le racisme et la violence en fournissant des véhicules et des armes au régime de l'apartheid.


Complices ou pas ? Pour Dieter Simon de l'organisation allemande "Coordination pour l'Afrique australe", la réponse est claire. « D'une part cela relève bien sûr de la responsabilité du gouvernement. Mais d'autre part, explique-t-il, il s'agit aussi d'une décision de l'entreprise qui se dit : 'Je sais qu'avec ces engins militaires, on va se rendre dans les townships, on va menacer la population et même tuer des personnes. Mais peu importe, le principal c'est de faire du profit' » .


Comme les multinationales ne sont pas les seules mises en cause, plusieurs Etats ont tenté d'empêcher le procès. Ils font valoir que leurs relations avec l'Afrique du Sud pourraient en pâtir. Le gouvernement sud-africain lui-même s'y est opposé. Par ailleurs, le fait que l'affaire soit jugée par un tribunal américain est accueilli par Pretoria comme de l'ingérence.


La législation américaine autorise des plaignants étrangers à porter plainte devant un tribunal du pays dans des cas de violation des droits de l'Homme. Ce qui ne convainc pas Christian Tomuschat, ancien membre de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU. « Est-ce qu'un tribunal au Tchad, en Australie ou aux Iles Fidji peut dire : nous allons ouvrir un procès pénal ou un procès civil pour quelque chose qui s'est passé à New-York ?. Que n'importe quelle plainte puisse passer devant les tribunaux américains, c'est tout même très étrange », estime-t-il .


Etrange peut-être, mais selon Dieter Simon, cette affaire marque une avancée pour la protection des droits de l'Homme dans un contexte mondialisé : « Le caractère particulier et aussi précurseur de ce procès réside dans le fait qu'il pose pour la première fois des principes fondamentaux, comme le fait d'envisager la responsabilité d'acteurs secondaires. Pas ceux qui se sont servis des armes, mais ceux qui les ont fournies » .



Cette bataille juridique promet de durer plusieurs années. Les dommages et intérêts n'ont pas encore été chiffrés, mais ils se comptent en tout cas en millions.