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Tandem

Charme français dans les rayons allemands

Alain Caparros fait partie de ces chefs d’entreprise qui aiment le franc-parler. Depuis 2006, le Français est à la tête du numéro deux de la grande distribution en Allemagne et a fait siennes les qualités allemandes.

Alain Caparros, P-DG du groupe de grande distribution REWE

Alain Caparros, P-DG du groupe de grande distribution REWE

Non, on ne peut vraiment pas dire qu'Alain Caparros ressemble à un Allemand. Et ses choix vestimentaires n'y changent rien, bien au contraire : pas de cravate, une écharpe aux couleurs criardes et des lunettes multicolores qui accrochent le regard. Pourtant, dès que le patron du groupe REWE se met à parler, tous les clichés  volent en éclat : « L'élite française est empreinte d'une arrogance innée, lance-t-il, tandis que l'élite allemande tient beaucoup plus compte de son environnement social. Elle a une grande compétence sociale. » Alain Caparros n'est pas avare de critiques envers son pays natal.

Les supermarchés REWE, bien implantés en Allemagne

Les supermarchés REWE, bien implantés en Allemagne

C'est surtout l'élite à la française qui lui déplait. Il déplore que la France ne recrute ses dirigeants que parmi une poignée de diplômés issus des grandes écoles. Même chose pour l'orientation qui s'effectue dès le plus jeune âge : « Le choix de la filière au lycée impose aux élèves de faire, dès l'âge de 14 ans, un choix déterminant pour leur carrière à venir. » Car la carrière, en France, repose sur un parcours aux tracés très étroits : baccalauréat prestigieux, concours de grande école et puis on se retrouve propulsé dans les hautes sphères de la politique et de l'économie. Ceux qui s'y prennent plus tard ou qui choisissent un chemin différent n'y ont que rarement accès.

L'apprentissage de la gestion allemande chez ALDI

Certes, Alain Caparros ne s'y est pas pris trop tard mais il n'hésite pas à sortir des sentiers battus. A 56 ans il commente un peu sèchement la décision du groupe de distribution colonais REWE de le nommer P-DG : « Je n'ai pas été choisi parce que j'étais le meilleur mais parce que j'étais le seul. Parfois, cela suffit. » Quoi qu'il en soit, le Français a redynamisé l'entreprise en difficulté.

Depuis 2006, il est donc à la tête du numéro deux de la grande distribution en Allemagne. Mais ses expériences franco-allemandes dans la gestion sont plus anciennes. A vrai dire, ce sont surtout les six années passées chez Aldi-Nord qui l'ont formé. Il était alors directeur général, en charge des activités en France. Une mission difficile car les Français ne sont pas très clients du discount. Mais selon lui, les consommateurs des deux pays voisins se ressemblent de plus en plus. Les jeunes Français n'hésitent plus à pousser la porte d'un magasin discount et les Allemands n'achètent plus seulement en fonction du prix, ils exigent aussi une meilleure qualité. « Aujourd'hui, un Français ne dépense que 50 euros de plus par mois qu'un Allemand pour l'alimentation. »

Une jeunesse en Lorraine

Les supermarchés français offrent encore une plus grande variété de produits que les allemands

Les supermarchés français offrent encore une plus grande variété de produits que les allemands

Initialement, Alain Caparros voulait devenir prêtre. C'est en tout cas son souhait lorsque sa famille doit quitter l'Algérie au moment de l'indépendance en 1962 et s'installer en France. Le jeune garçon fréquente alors les bancs de l'école en Lorraine. Mais il choisit finalement une autre voie. Il étudie la gestion à Metz et à Sarrebruck et commence sa carrière chez la marque de cosmétiques Yves Rocher. Outre la France, il a aussi été amené à travailler en Suisse et en Allemagne.

Le patron de REWE est installé depuis si longtemps à Düsseldorf, avec sa seconde femme, qu'il s'est même renseigné sur les modalités d'obtention de la nationalité allemande. Mais il hésite encore, lui le gestionnaire qui doit toujours prendre des décisions rapides. « Je suis dans un processus de maturation, explique-t-il, je pèse encore le pour et le contre. » À celui qui s'étonne de la relation intime qu'entretient le chef d'entreprise avec son pays d'accueil, il répond en se référant à son entourage : tous ses amis français qui sont installés en Allemagne ont eu de grandes difficultés à s'adapter au cours de la première année, « la langue, freiner au feu rouge au lieu d'accélérer, faire attention aux piétons, etc. Mais une fois habitués, ils ne veulent plus partir. » D'après lui, il en est tout autrement des Français qui vivent en France. Ils auraient une représentation très abstraite de leur voisin, dominée par l'image d'une industrie automobile puissante et le rôle central de l'Allemagne dans la gestion de la crise de l'euro : « Ils voient poindre de nouvelles divisions entre les deux pays, non pas militaires bien-sûr, mais dans le domaine économique. »

Plaidoyer pour la cogestion

Rare en Allemagne, routine en France : les grèves

Rare en Allemagne, routine en France : les grèves

En quoi Alain Caparros trouve-t-il le modèle économique allemand convaincant ? Lorsqu'il travaillait en France, il a dû passer une grande partie de son temps à résoudre des problèmes sociaux. « Le système allemand de cogestion, au contraire, permet de gagner du temps et beaucoup d'argent. Le fait d'intégrer les représentants des salariés au processus de décision représente un avantage certain, qui fait défaut en France. » Ainsi, estime le P-DG, les syndicats allemands sont également plus influents qu'en France, où ils sont souvent obligés de faire du vacarme pour se faire entendre.

Son avenir, Alain Caparros le voit en Allemagne, du moins à moyen terme. Il faut dire qu'il s'y sent bien depuis le début. « Les Allemands aiment la France et les Français. Je ne sais pas, c'est peut-être dû à notre accent », dit-il en prenant une intonation typiquement française. L'un de ses trois enfants a cependant décidé de tenter sa chance de l’autre côté du Rhin ; il a décroché son premier emploi à Paris après une formation dans une université réputée. Quant à Alain Caparros, a-t-il l'intention de conquérir la France avec les magasins REWE ? L'ancien élève formé à la rhétorique jésuite répond avec un clin d'œil exagéré : « Ça, évidemment, je le laisse à mon successeur. »

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