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Afrique

Au Togo, la contestation gagne le nord

Au Togo, pendant tout le règne de Gnassingbé père, et même pendant celui de son fils Faure, le nord du pays a été épargné par la contestation. Désormais, ce bastion du clan n'est plus épargné par la colère populaire.

Écouter l'audio 06:18

"Il faut noter la grande pauvreté dans le nord et ce n’est pas toute la population qui bénéficie des ristournes de ce pouvoir." (Essohanam Batchana)

La donne a changée depuis le 19 août dernier. Ce jour là, Tikpi Salifou Atchadam originaire de Sokodé, dans le centre, et président d’un "petit parti" d’opposition,  le PNP, Parti national panafricain, appelle à une série de manifestations dans plusieurs villes du Togo et à l’étranger. 

Son crédo principal : la fin de la dynastie Gnassingbé, au pouvoir depuis 1967. Le mouvement est largement suivi, y compris à Kara, dans le nord, pourtant bastion électoral et familial du clan au pouvoir. "Le Togo n'avait jamais connu une telle mobilisation", a confié à la Deutsche Welle, un cadre du parti au pouvoir, qui a requis l'anonymat. Pour atteindre, une telle mobilisation, Tikpi Salifou Atchadam s'est servi de nouveaux moyens de communication : WhatsApp ou la duplication artisanale de DVD de ses discours, qui ont été distribués jusque dans les régions les plus reculées du pays.

Cette stratégie à elle seule suffit-elle à mobiliser les Togolais ? Selon Essohanam Batchana, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Lomé au Togo, "il faut prendre en compte la grande pauvreté dans le Nord. Les gens se disent que même s'ils ont le pouvoir, toute la population ne bénéficie pas des ristournes de ce pouvoir. Mango, la capitale de ce qui pourrait être considéré comme le nord-Togo, est aujourd'hui une ville secondaire. C'est même une ville qui décline progressivement", estime le professeur.

 

Maturité politique

Cette contestation portée par les populations du nord du Togo n'est pourtant pas tout à fait étonnante pour Kag Sanoussi, président de l’Institut international de gestion des conflits, basé à Lyon, en France. A l'en croire, "le Togolais du nord, d'Est ou d’Ouest, a les mêmes besoins, les mêmes attentes, tout comme on a des adhérents de chaque parti, dans chaque département. Et il est normal qu'au Nord aujourd'hui, quand l'opposition manifeste, qu'on puisse aussi avoir des gens qui manifestent. L'actuel président de la République, il est du Nord et du Sud. Il n'est pas à 100% du Nord comme l'était son père. Chaque peuple évolue. Il y a une maturité qui s'installe", estime-t-il.

Pour certains analystes togolais, les rivalités au sein du clan Eyadéma et la mise à l’écart de certains pontes du régime originaires du nord du Togo auraient incité les populations de cette partie du pays à se joindre à la contestation menée par l’opposition. Ces experts citent le cas de la détention depuis 2009 du demi-frère du président Togolais, Kpatcha Gnassingbé, ancien directeur général de la société d'administration de la Zone franche, et député du RPT à Kara, dans le Nord, au moment de son arrestation. Sans oublier les humiliations qu’auraient subies l’ancien tout puissant ministre de l’Administration du territoire, Pascal Akoussoulèlou Bodjona, lui aussi originaire du Nord et qui a passé plus 500 jours en détention avant d'être libéré en février 2016.

 

Lourd bilan dans le nord

Les manifestants de ces derniers jours ont fait de nombreuses victimes. Dans le grand nord du pays, la situation a dégénéré dès mercredi. L'opposition a recensé 77 blessés à Bafilo, où les forces de l'ordre ont tiré avec des balles en caoutchouc. Les quatre cas les plus graves "ont dû être évacués à Sokodé", la deuxième ville du pays, la ville d’où est originaire, celui qui est perçu comme étant le porteur de cette série de contestation, Tikpi Salifou Atchadam. On a dénombré également  la mort d’un enfant de 9 ans à Mango, dans l'extrême-nord du pays.

Aussi, des maisons de plusieurs cadres de l’UNIR, l'Union pour la République au pouvoir ont-elle été attaquées et incendiées. Jeudi dernier, des manifestants ont également dressé des barricades et brûlé des pneus dans plusieurs quartiers de Mango et Dapaong avant d'être dispersés. Des scènes de violences dans cette partie du pays étaient inimaginables jusqu’à un passé récent.

 

La communauté internationale préoccupée

La crise et les violences qui secouent le Togo ont fait réagir les représentants de la communauté internationale. La Coordination du Système des Nations unies, la délégation de l’Union européenne, les ambassades de France, de la République Fédérale d’Allemagne, et des Etats-Unis d’Amérique au Togo. Même s'ils "observent que les différentes forces politiques togolaises ont pu manifester cette semaine et exprimer publiquement leurs convictions", les organisations "déplorent les violences qui se sont produites dans la ville de Mango. Elles appellent toutes les parties au calme et à la retenue." 

Dans l’esprit de l’Accord Politique Global de 2006, poursuit le document, "elles encouragent tous les Togolais à s’inscrire dans un dialogue pacifique en vue de l’adoption des réformes  constitutionnelles qui permettront de renforcer la démocratie au Togo et de préparer sereinement les élections locales et législatives en 2018."

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