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Afrique

Amnesty International dénonce la passivité de la MINUSCA en RCA

Selon l'ONG, les rebelles de l’Union pour la paix en Centrafrique commettent de nombreuses exactions contre des civils dans la préfecture de Basse-Kotto. Sous le regard du contingent de la MINUSCA.

Écouter l'audio 06:39

"Nous ne pouvons pas nous engager dans un combat armé. Nous voulons apporter la paix."(Parfait Onanga-Anyanga)

Le constat a été fait par une équipe d’Amnesty International qui mené en août dernier, une enquête de terrain qui lui a permis de révéler une flambée terrifiante des actes de torture, des pillages et des déplacements forcés imputables à une ramification de la Seleka, l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC).  Pendant son séjour qui a duré deux semaines en RCA, les représentants  d’Amnesty International se sont entretenus avec 30 personnes ayant fui les violentes attaques contre les civils qui se déroulent depuis quelques mois dans la préfecture de Basse-Kotto, notamment le massacre perpétré le 8 mai dans la ville d’Alindao, qui aurait fait au moins 130 morts, selon l'ONG de défense des droits de l'Homme.

La Minusca compte un effectif de 12 870 personnes en uniforme dont 10 750 militaires

La MINUSCA est déployée de manière sporadique dans de nombreuses zones. "des témoins nous ont dit qu’ils n’ont jamais vu de patrouilles de la Minusca et que la Minusca est arrivée un jour après les combats et donc n’a pas pu les protéger contre les abus qui ont été commis. La Minusca aujourd’hui, ce dont elle a besoin, c’est d’un mandat plus fort, mais aussi de capacités nécessaires pour pouvoir prévenir les abus et protéger les populations", a déclaré à la Deutsche Welle, Balkissa Ide Siddo, spécialiste de l’Afrique centrale à Amnesty International et faisant partie de l’équipe d'enquête.

Le déni de la Minusca et des autorités

Ces accusations sont balayées d'un revers de la main par Parfait Onanga-Anyanga, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Centrafrique et chef de la Minusca. "ah non, non, non. Ouvrir le feu ne pose pas de problèmes. Notre mandat nous autorise à le faire. Nous ne pouvons pas nous engager dans un combat armé. Nous voulons apporter la paix. Nous ne pouvons l’utiliser les armes qu’en self-défense et pour protéger les populations civiles. Et ma foi, ça reste une tâche extrêmement complexe, surtout dans un contexte ou les groupes armés s’attaquent désormais à la Minusca. Ce qui est extrêmement condamnable."

Réaction des autorités

Simplice Sarandji, le Premier ministre centrafricain abonde dans le même sens. "les troupes de la Minusca que nous avons ici, leur objectif á eux dévolu n’est pas de faire la guerre aux centrafricains. Mais dire que la Minusca ne sécurise pas la population civile, c’est quand même trop dire. Imaginez un seul instant que la Minusca ne soit pas en RCA, quelle sera la situation de ce pays là aujourd’hui ? Il faut quand même raison-garder et raisonner en tenant compte de ce qui est logique et non se complaire dans une sorte d’interprétation des propos qui n’honorent personne. Je suis centrafricain, indépendamment de ma position de Premier ministre, je puis vous dire que sans la Minusca, la RCA ne devrait pas exister aujourd’hui."

Pour sa part, Kag Sanoussi, Expert en intelligence négociationnelle et Président de l'IIGC, Institut International de gestion des conflits. "L’élément fondamental, ce n’est pas tant renforcer les équipes de la Minusca. C’est de faire en sorte que l’embargo sur les armements pour la RCA soit levé, de faire en sorte que les FACA (NDLR, forces armées centrafricaines soient formées rapidement, qu’il y ait des bataillons qui se déploient sur le terrain. Parce que, on ne va pas faire comme en RDC ou les forces de l’ONU sont là pendant 20,30, ou 40 ans. Il faut que l’armée centrafricaine soit remise debout pour reprendre les rennes du pays. Je pense que c’est dans cette stratégie qu’il faut aller" explique-t-il.

Violences aux relents confessionnels

Selon Amnesty International, les violences dans la Basse-Kotto ont pris une dimension confessionnelle. L’UPC dirigée par Ali Darassa Mahamat composée essentiellement de musulmans, s’en prend à des chrétiens dans des villes et villages. Car elle considère qu’ils soutiennent les groupes armés refusant sa domination.  À l’inverse, les anti-balaka et les autres groupes armés d’"autodéfense" à majorité chrétienne attaquent sans relâche des civils musulmans.

Comme à la fin de 2013 et au début de 2014, lorsque des centaines de milliers de musulmans avaient été expulsés violemment de l’ouest du pays, le conflit armé prend une tournure confessionnelle de plus en plus visible.

L’Observatoire centrafricain des droits de l’homme (OCDH) a dénombré plus de 100 victimes de violences sexuelles qui ont fui la région pour se réfugier à Bangui, la capitale, au cours des derniers mois, et ce chiffre est certainement très en deçà de la réalité. La plupart des victimes, sinon toutes, ont été violées en réunion.

Amnesty International, ajoute que les crimes de droit international perpétrés contre des civils en République centrafricaine relèvent de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI), du tribunal pénal spécial  -juridiction hybride récemment créée - et du système judiciaire national. Toutefois, ces trois institutions présentent des points faibles.

L’enquête de la CPI dépuis septembre 2014

Elle ne concernera vraisemblablement qu’une poignée de suspects. Le tribunal pénal spécial n’est pas encore opérationnel, bien qu’il soit désormais doté d’un procureur et de ressources financières. Le système judiciaire national, déjà fragile, a été affaibli encore davantage par le conflit et nécessite une reconstruction presque totale. " il y a peu d’espoir de rompre la spirale de la violence en République centrafricaine en l’absence d’un système de redevabilité efficace, qui permette de traduire en justice les responsables présumés de ces crimes odieux", a conclu Balkissa Ide Siddo.

Des dizaines de milliers de personnes ont fui les villes les plus touchées par les combats, comme Alindao, Mingala, Nzangba et Mobaye - à la frontière avec la RDC -, ainsi que d’innombrables villages de la région. Et elles se sont réfugiées à Bambari, à Bangui ou en RDC. D’autres personnes déplacées survivent en brousse dans des conditions déplorables, notamment sur les petites îles de la rivière Oubangui, à la frontière avec la RDC.

Les populations fuient les zones de conflits

Plusieurs villes et villages de la préfecture de Basse-Kotto seraient pratiquement vidés de leurs habitants, le peu qu’il reste de la population civile ayant trouvé refuge dans l’enceinte de différentes églises, qui sont ainsi devenues des camps pour personnes déplacées. Selon l’OCDH, les violences se poursuivent dans la région, les derniers affrontements signalés ayant eu lieu le 23 août dans la ville de Kongbo, et les personnes déplacées continuent d’affluer à Bangui.

La préfecture de Basse-Kotto est l’une des régions où le conflit a explosé en 2017, lorsque la situation du pays en matière de sécurité s’est aggravée. À l’heure actuelle, le gouvernement démocratiquement élu n’a que peu ou pas de pouvoir hors de la capitale et le reste du pays est de fait sous le contrôle de divers groupes armés.

 

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