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Europe

Allemagne : un bouleau pour déclarer sa flamme...

La première étape de "Terra Incognita" nous emmène en Allemagne, où les jeunes hommes ont une façon bien particulière de déclarer leur flamme : le 1er mai, ils offrent à leur bien-aimée... ni plus ni moins qu'un arbre!

Le premier mai en Rhénanie, un arbre en guise de muguet!

Le premier mai en Rhénanie, un arbre en guise de muguet!

La nuit du 30 avril au 1er mai est une nuit pas comme les autres en Rhénanie, au nord-ouest de l'Allemagne. Cette nuit-là, tandis que l'on célèbre en dansant l'arrivée du mois de mai, les jeunes hommes sont bien occupés...

"Alors, tu crois que tu en auras un, toi ?"

D'ici au matin, d'innombrables jeunes bouleaux décorés de guirlandes de papier crépon vont faire leur apparition dans les jardins des jeunes filles. A celles-ci ensuite de deviner l'identité de leur mystérieux admirateur!

Le mois d'avril touche à sa fin en Rhénanie et c'est l'effervescence chez les filles. Dans les cours d'école, la même question est sur toutes les lèvres : « Alors, tu vas recevoir un arbre de mai, toi? Moi? Non... de qui donc? Peut-être d'un tel ou d'un tel – non, lui, il ne m'en offrira sûrement pas!»

Anke Baldus a aujourd'hui 30 ans. Elle a grandi à Zons, un petit village situé au nord de Cologne. Ici, voilà des siècles que, dans la nuit du 1er mai, les jeunes hommes placent un arbre décoré de rubans devant la maison de leur bien-aimée.

Les préparatifs, une affaire d‘hommes

Nous sommes le 30 avril, il est 11h du matin. Une cour intérieure du village de Rheidt. Janusz, Freddi et les huit garçons qui les accompagnent sont parfaitement équipés : dans l'allée est garée une camionnette munie d’une remorque de 3 mètres. A l'intérieur, une tronçonneuse, deux haches... et cinq caisses de bière! Le départ est imminent. Les jeunes gens, âgés d'une vingtaine d‘années, vont couper leurs arbres de mai dans la forêt.

Mais faire plaisir à une fille du village n‘est pas leur seule motivation, comme l'explique Janusz : «La musique et la bière! Faire la fête, s'amuser, se balader en forêt avec des amis, abattre un arbre... Et puis, bien sûr, on offre un arbre à sa copine – un bel effet secondaire! »

Une fois l'arbre abattu, il s'agit de le transporter...

Une fois l'arbre abattu, il s'agit de le transporter...

Une fois l’arbre abattu, Janusz nous explique comment il a choisi son arbre de mai : « L'arbre peut mesurer 15 mètres si on veut, mais il faut surtout veiller à ce qu'il ne soit pas trop gros, parce qu'il faut pouvoir le redresser ensuite. C’est pour cela que le parfait arbre de mai a un tronc plutôt fin et une jolie cîme ».

Après plus d’une heure de dur labeur, les arbres de mai sont enfin chargés dans la remorque. La plupart font plus de 10 mètres de long. Le paiement se fait à la sortie de la zone forestière officiellement réservée aux arbres de mai : il faut compter 15 euros par arbre abattu.

Une coutume matrimoniale originale : la mise aux enchères

La tradition des arbres de mai est une survivance des coutumes matrimoniales rhénanes du XVIIème siècle. La veille du premier mai, dans chaque village, les jeunes filles nubiles étaient, pour ainsi dire, mises aux enchères. Chacune d'entre elle était ensuite en quelque sorte "prêtée" pour une période d‘essai au vainqueur de l´enchère.

Cette coutume obéissait à des règles bien précises, comme nous l'explique l'ethnologue allemand Alois Döring : « Tous les jeunes hommes célibataires du village participent aux enchères des jeunes filles à marier. Ainsi se forment les "couples de mai". Celui qui a fait l'enchère la plus élevée pour obtenir la jeune fille de son choix est nommé "Roi de mai" et sa nouvelle compagne devient "Reine de mai". »

Depuis lors, il est d’usage que, le 1er mai, chaque fiancé offre à son élue un arbre décoré de rubans colorés. Dans de nombreux villages de Rhénanie, la coutume s'est perpétuée jusqu’à nos jours. Mais son but originel est quasiment oublié : « Il s'agissait de conclure des mariages. C’était aussi l‘idée de base de la mise aux enchères du 1er mai : réguler l'offre et la demande dans le village. On s’efforçait ainsi de contracter mariage au sein même du village», explique Alois Döring.

C’était là une façon d’éviter les mariages exogames, une manière pour ces villages ruraux de préserver leur structure. Si aujourd'hui la fête de mai débouche rarement sur des mariages, cette tradition reste très populaire chez les célibataires à la recherche d'un flirt ou d'un(e) petit(e) amie(e).

Recevoir un arbre de mai... ou pas

Par ailleurs, les arbres de mai servent en quelque sorte d'indicateur pour savoir qui a du succès avec les garçons et qui n'en a pas. Dans le village où a grandi Anke Baldus, plus de la moitié des filles reçoivent chaque année un arbre de mai. C'est d'autant plus difficile à vivre pour les autres, nous confie-t-elle : « C’est une catastrophe, parce qu’on ne peut pas participer aux conversations, aux potins. Cela signifie ne plus faire partie des filles populaires. C’est une chose qui te marque – et c’est pour cela que les filles préparent le terrain dès le début de l’année... pour être sûres de recevoir un arbre en mai! ».

Dans le village de Rheidt, situé à une quarantaine de kilomètres de là, les efforts d‘au moins sept jeunes filles ont payé : sept arbres se trouvent désormais dans la remorque de la camoniette.

La nuit est tombée. Les filles dansent sur la place du village et les garçons se mettent en route. La musique accompagne Janusz et Freddi dans la nuit tiède ; tous deux sont assis dans la remorque entre les arbres de mai, jusqu’à ce que la voiture s’arrête devant la maison de l'une des heureuses élues.

Pas de confusion possible sur l'identité du destinataire...

Pas de confusion possible sur l'identité du destinataire...

Un arbre de mai, et puis...?

Quand les filles les découvriront le lendemain matin, elles se demanderont probablement : qui me l'a apporté? C’est en tout cas la question que s’est posée Anke Baldus quand elle a reçu son premier arbre de mai à l’âge de 15 ans : «On s'est toutes rassemblées, mes amies du village et moi, et on a essayé de deviner : qui est allé hier à quelle fête ? Et qui a vu un garçon qui aurait pu transporter un arbre de mai comme celui-ci ? »

Les filles mènent l’enquête dans le village. Quelques heures après, il n’y avait plus de doute sur l’identité du mystérieux admirateur : «Après, on se croise comme par hasard et je lui demande : dis, qu'est-ce que tu as fait, le 30 ? » Le reste est venu tout seul, raconte la jeune femme.

Et parfois, la tradition de l´arbre de mai retrouve sa fonction originelle : «Ce que j'ai fait? Je l'ai épousé ! »

Les garçons se sont mis à dix pour transporter le bouleau de 13 mètres dans la cour de la maison : « C’est bon, on peut tirer? Vous le tenez bien là-haut? A la une, à la deux, à la trois! Oh hisse!! » Voilà l’arbre de mai debout. Freddi fixe au tronc un écriteau en forme de coeur sur lequel on peut lire : Ines. Les garçons repartent ensuite dans la nuit, il leur reste six arbres de mai à installer.

Deux heures et quelques bières plus tard, les voilà arrivés en forêt. Là, ils choisissent soigneusement les plus jolis arbres de mai. Janusz attaque à la tronçonneuse le tronc d’un bouleau de près de 15 mètres de haut. La sueur dégouline de son front, la chaleur est inhabituelle pour une fin de mois d‘avril.

  • Auteur Manfred Götzke (Juin 2007)
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